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Le harcèlement comme question 

Sous la même appellation « harcèlement », des situations disparates se font jour, des logiques hétéroclites sont à l’œuvre que Laurie Laufer psychanalyste, et Saül Karsz philosophe, sociologue ont questionnées et mises en débat avec l’ensemble des participants à une récente Rencontre de Pratiques Sociales[1]. Qu’est-ce que cette appellation dit et qu’est-ce qu’elle rate ?  

1 – Pour L. Laufer, la question du harcèlement est politiquement nécessaire et politiquement catastrophique : nécessaire pour rendre compte des oppressions de genre mais catastrophique car il assigne ceux qui en sont la cible à l’être victime. Contre une approche au cas par cas, L. Laufer cherche à historiciser la question, en référence aux travaux de Michel Foucault. Ce dernier pose sur la psychanalyse un regard très critique. Il l’assimile dans les années 70/80 à un dispositif de pouvoir/savoir sur les pratiques sexuelles voué à produire des subjectivités normatives qui prolongent le rituel inquisitorial de l’aveu : « car on n’avoue pas sans la présence au moins virtuelle d’un partenaire qui n’est pas simplement l’interlocuteur, mais l’instance qui requiert l’aveu, l’impose, l’apprécie et intervient pour juger, punir, pardonner, consoler, réconcilier… ».[2]. Deux effets majeurs en découlent : émergence des « technologies de soi » de contrôle sur les corps et les pensées que Foucault nommera « biopouvoir », tendance contemporaine à psychologiser les abus et les crimes en matière de sexualité.

En donnant une place constitutive au travail critique de M. Foucault, Laurie Laufer nous montre combien une psychanalyste peut être ouverte à la mise en question, voire à une révision certaine de ses orientations disciplinaires. Elle nous donne également des éléments de compréhension pour interroger la catégorie de « harcèlement », à distance de l’essentialisation des rapports entre les sexes et de l’idéologie victimaire qui érigent les notions de traumatisme et de victime en vérités omni-explicatives.

2 – Saül Karsz caractérise le harcèlement comme une thématique d’actualité, transversale et polémique. Actualité,au regard des multiples mouvements[3] qui font du harcèlement sexuel le prototype d’expériences intimes de jouissance, d’emprise et de fascination. Mais aussi de flatterie[4]. Transversale, cette thématique mobilise plusieurs champs d’expérience et de savoir. Polémique, enfin,car des passions outrées éclatent presqu’immédiatement qui empêchent de l’élaborer.

Harcèlement : « …ensemble d’actes, comportements, écrits ou propos qui, par leur répétition et leur caractère dégradant, contribuent à nuire psychologiquement ou physiquement à la personne qui en est victime » ; « très généralement articulé à des rapports de domination, emprise ou autorité » ; « harcèlement moral, sexuel, scolaire, numérique, téléphonique… » [Wikipédia]. Caractérisation qui convoque de nombreux paramètres sociaux, psychologiques, physiques, tous difficilement évaluables. Mais son intérêt est d’indiquer que le harcèlement est une configuration idéologique à dominante morale qui s’exhibe dans des comportements, croisades, codes, institutions.

Deux tendances principales l’animent. Tendance fidéiste, qui divise hommes et femmes en deux entités physiques, physiologiques et psychologiques dissemblables, abolissant ainsi toute distinction entre sexe, sexualité, genre. Elle  présuppose une Nature Féminine. Subsumant les femmes sous La femme, cette tendance revendique l’égalité homme/femme. Exigence finalement réactionnaire car l’appropriation par des femmes de modalités de pouvoir jusque-là réservées aux hommes ne peut subvertir les rapports de domination et de soumission. Pourquoi le partage des pouvoirs entre femmes et hommes allègerait-il le sort des millions de sujets sexués en situation de subordination et exploitation ? Tendance laïcisante, qui n’oppose pas les femmes et les hommes mais des femmes et des hommes situés, tous, au sein des rapports sociaux de production. Des luttes et des alliances de collectifs intersexués, idéologiquement et politiquement liés, rendent possible des modalités d’émancipation.

Il apparaît que la configuration appelée harcèlement mobilise trois composantes : du « féminisme intégral » au « féminisme intersectionnel » et leurs multiples variantes ; le puritanisme, qui cherche à épurer-enrayer-dépasser la dimension désirante-sexuelle dans les pensées et dans les comportements individuels et collectifs des hommes et aussi des femmes ; enfin la victimologie qui imagine des personnages englués dans leur souffrance, sans rationalisation, ni jouissance possible, entièrement voués à la douleur.

Conclusion : le harcèlement n’est pas un concept désignant un objet précis mais une métaphore plus ou moins approximative à interpréter-déchiffrer selon les conjonctures.

 Jean-Jacques Bonhomme – Avril 2019

[1] Vendredi 1er février 2019 Paris Bastille. On retrouvera l’intégralité de ces conférences sur la chaine YouTube Pratiques Sociales

[2] M. Foucault « Histoire de la sexualité 1 : la volonté de savoir » éd Gallimard 1976.

[3] Metoo, Balancetonporc, MosqueMeToo, SilencesNotSpiritual…

[4] Tribune C. Deneuve, C. Millet… revendiquant « la courtoisie à la française ».

 

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