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Le capital sans Marx ?

Capital sans Marx LPDC 61« Tromperie intellectuelle et politique » : c’est ainsi que Frédéric Lordon qualifie [in Le Monde diplomatique, avril 2015], le livre de Thomas Piketty, « Le capital au XXIe siècle » [Paris, Seuil, 2013], ouvrage devenu best-seller dans de nombreux pays et en particulier aux Etats-Unis.

Selon F. Lordon, cette tromperie porte sur la manière dont T. Piketty caractérise son objet. Abordé par le prisme des inégalités de richesses, l’ouvrage n’offre pas d’analyse théorico-politique de la structure du capitalisme, de sa logique, de ses mécanismes. Or, cette esquive conduit à prendre des effets (inégalité de richesses) pour des causes et empêche de comprendre les configurations multiples sous lesquelles le capitalisme s’actualise et se relance chaque fois dans une direction inédite, au point qu’on devrait plutôt parler des capitalismes. C’est l’indéfinition même de ce régime qui est ciblée par F. Lordon : « Piketty en donne une conception des plus artificielles : patrimoniale. Le capital c’est la fortune des fortunés. Pour Marx, le capital est tout autre chose : c’est un mode de production, c’est-à-dire un rapport social complexe qui, au rapport monétaire des simples économies marchandes, ajoute – c’est le cœur de toute l’affaire – le rapport salarial, constitué autour de la propriété privée des moyens de production, de la fantasmagorie juridique du « travailleur libre », individu pourtant privé de toute possibilité de reproduire par lui-même son existence matérielle, par-là jeté sur le marché du travail, forcé pour survivre d’aller s’employer et de se soumettre à l’empire patronal, dans une relation de subordination hiérarchique ». A défaut de traiter le capitalisme comme rapport social historique, à la fois économique, politique, idéologique, T. Piketty est contraint de réduire l’analyse de ses différentes variantes historiques à leur version étroitement économique. Devient ainsi poreuse la frontière avec l’économisme, soit cette tendance à ignorer que toute économie est toujours une économie politique, enracinée dans de multiples enjeux partisans, financiers, institutionnels, de pouvoir, alliances et compromis, voire de subjectivités… « Car voilà la question décisive : qui a la main sur les institutions et les structures ? Qui a le pouvoir de les faire, ou de les refaire dans un certain sens, son sens ? Ces questions -politiques- n’affleurent jamais dans un livre désespérément vide de tout affrontement concret ».

L’attaque de F. Lordon contre l’ouvrage ne vise pas la rigueur méthodologique ni l’ampleur du travail statistique élaboré par T. Piketty sur quinze années et sur près de 1000 pages. Elle épingle expressément l’univers théorico-idéologique dans lequel s’inscrit cette recherche, celui de la République des Idées : groupe centre-gauche de réflexion fondé en 2002 par Pierre Rosanvallon.

« Stratégie de l’escamotage », tel est le diagnostic porté par F Lordon sur « Le capital au XXIe siècle ». Parce que la problématique développée dans l’ouvrage fait radicalement l’impasse sur les rapports de domination et de soumission hiérarchique au sein du rapport salarial. Elle élude systématiquement la question des luttes sociales : pas de descriptions ni d’analyses socio-historiques des conflits, ni de bras de fer entre le capital et le travail, ni de référence à la lutte des classes en tant que moteur des transformations institutionnelles et sociétales. C’est pourtant l’issue de ces conflits qui décide des voies et des recompositions du/des capitalisme(s).

On appréciera le travail de F. Lordon et sa détermination à rappeler que les thèses ouvertes par Marx sont toujours et plus que jamais fécondes pour analyser le régime du capital aujourd’hui et demain. T. Piketty préfère les ignorer alors que F. Lordon vise leur actualisation/refondation. Voilà deux options radicalement opposées pour penser le capitalisme dans sa phase néolibérale, pour l’affronter également.

Jean-Jacques Bonhomme – mai 2015

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1 commentaire(s)

Cazeneuve michel

Le 26 mai 2015 à 12 h 18 min - Répondre

L’intérêt pour moi d’en écrire quelque chose chose n’est pas dans un accord ou un désaccord mais dans un souci de penser ce que pourrait être une alliance ou à défaut une solidarité qui ne serait que de circonstance certes, mais quand même.
Ceci dans un contexte particulier qui est une émission de TV avec une exposition au plus grand nombre et des codes particuliers.
Quelle alliance quelle solidarité possible entre ces 2 thèses ? Aucune ?

La critique de Lordon est parfaitement argumentée, du coté de la voie insurrectionnelle.
La social démocratie molle de l’impôt mondial, la transition pacifique, la synchronisation planétaire de toutes les révoltes… il démonte tout cela.
Les propos sont rigoureux,souvent violents, parfois féroces. Les propos démontent la contradiction mais aussi le contradicteur. C’est une critique récurrente qui est faite à Lordon.
Certes la révolution ne sera pas un pique-nique, mais en attendant…
Le travail de Piketty trace un sillon praticable jusqu’en lisière du champ. Là la divergence est patente, les chemins se séparent. Mais jusque là n’y aurait-il pas une alliance ou une solidarité de « circonstance » ? Particulièrement ce soir-là (ou jamais?)
Cette émission m’a laissé perplexe.
Un effet de destruction programmé d’une pensée, « d’un capitalisme de connivence  » certes, mais je crains avec des dégâts collatéraux « impensés » que subsument les appels répétés de Piketty à Lordon lors de l’émission : »Il ne faut pas se tromper d’adversaires! », même si pour chacun il ne s’agissait pas du tout du même adversaire. Chacun d’eux le savait parfaitement!
Dans la violence de sa contradiction (pertinente) je crains que Lordon y ait perdu le poids de son argumentation et donc la pertinence de sa communication(on est à la télé).
Faire comme si le temps d’un sillon ! Question de forme qui est en fait un problème de fond !
Alors est ce un positionnement stratégique délibéré, déjouant tout compromis ou un pli … Plus précisément un noeud ?

Michel Cazeneuve

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