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Il était une fois un homme au cœur jaune

Pas le gilet mais le cœur. La couleur est la même, ce qui n’est pas rien. Mais le support diffère, ce qui change tout. Dans une interview à Mediapart (décembre 2018), Alexandre Benalla dit détenir les enregistrements de ses échanges téléphoniques – après son éviction de la garde prétorienne – avec le président Macron, celui-ci dément, celui-là confirme, et ainsi de suite. Il est possible qu’ils ne parlent pas exactement de la même chose, tout en y faisant référence quand même… Idem pour le passeport diplomatique, que l’intéressé dit ne jamais avoir eu mais qu’il rendra après avoir passé la douane des différents pays où il fait des affaires, dévolution qu’on le presse d’effectuer tout en proclamant qu’à aucun moment le dit passeport ne lui a été fourni. Etc. etc. Ce ballet marque-t-il la scène primitive d’une typical fake news ?

Dans la même interview, Alexandre Benalla tient à souligner la couleur jaune de son cœur. Et il en donne la raison. C’est l’allégorie de sa révolte pour avoir été congédié, lâché comme un pestiféré, lui qui s’était limité à faire son boulot au service d’une cause qu’il pensait commune. Et qui l’était, sans aucun doute – mais à la condition absolue que chacun reste bien à sa place ! Il a été congédié parce qu’il prétendait ignorer que les grands de ce monde acceptent difficilement à leur table le petit personnel (de cuisines, de toilettes, de matraquage des manifestants qui en plus n’en sont pas, de déguisement en policier qu’en outre on n’est pas). Il se révolte, au fond, contre cette espèce de mafia [sic] qui entoure, conseille, oriente  « un mec – Macron – qui n’est déjà pas très connecté mais brillant » [resic] et le coupe de la vraie vie des gens ordinaires. Songerait-il à représenter ces derniers ?

Ce serait méconnaitre que la-les mouvances des gilets jaunes rejettent tout représentant, se méfient des délégations, tiennent à s’exprimer sans intermédiaires. Car ils s’inscrivent dans cette longue, large, forcément disparate histoire de la lie-de-la-terre qui fait savoir que la domination n’est pas un destin mais un rapport de forces, que se mettre à genou n’est pas une position obligatoire mais une posture temporaire, que se faire avoir n’est pas une vocation mais une construction socio-historique. Ils crient qu’on peut tenter de prendre sa vie en main. Ils le crient aux ronds-points et aux péages, témoignant ainsi de l’insupportable du monde tel qu’il va. Leurs voix ne sont pas unanimes, ni leurs postures, ni leurs ambitions. Puisqu’ils rappellent que le réel est toujours complexe, bigarré, disparate.

Reste à savoir ce qui, de ce moment des gilets jaunes – qui n’est pas le premier ni ne sera non plus le dernier – s’imprimera dans les mentalités, quelles traces, quels exemples, quelles références il fixera dans les projets des groupes et dans les désirs des sujets. De quelle histoire il marquera un avant et un après.

Moralité : entre les gilets et le cœur, la couleur reste la même – mais le support change tout. D’autant plus que, franchement, un cœur jaune ne semble vraiment pas un idéal de bonne santé.

Comme quoi, la couleur ne suffit pas !

Saül Karsz – janvier 2019

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