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Il était une fois le pouvoir d’achat

Dans les classes populaires et petites-bourgeoises, le niveau de vie subit des rabotages ininterrompus, des chutes continues, des déperditions quantitatives et qualitatives d’envergure. Au point que dans nombre de cas le niveau de vie désigne en réalité le niveau de survie, soit les conditions matérielles et symboliques de survivance. C’est ce que le pouvoir d’achat donne à lire.

L’INSEE (Institut National des Statistiques et des Etudes Economiques) résume la caractérisation habituelle en la matière : « Le pouvoir d’achat du salaire est la quantité de biens et de services que l’on peut acheter avec une unité de salaire. Son évolution est liée à celles des prix et des salaires […]. La notion ici retenue est le salaire mais le raisonnement s’applique à l’ensemble des ressources (travail, capital, prestations familiales et sociales…). »

Même si le pouvoir d’achat concerne tout revenu, c’est précisément par le salaire qu’il est le plus souvent introduit et illustré ; ce sont les salariés et leurs syndicats qui le revendiquent. Ce, pour une raison toute simple : le salaire est la forme prédominante, la plus étendue, des revenus. Sa croissance ou sa décroissance délimitent le dit pouvoir d’achat, fixent son extension eu égard au prix des biens et services disponibles. Parler du pouvoir d’achat c’est donc parler surtout et en premier lieu de celui du salariat moyen et populaire.

Il en est ainsi parce que les salaires distribués aux classes populaires et moyennes permettent la reproduction immédiate de celles-ci, la satisfaction relative des besoins matériels et symboliques à courte et moyenne échéance. Il en découle des marges de manœuvre courtes ou nulles et un pouvoir d’achat à l’avenant. Tel n’est nullement le cas pour les autres secteurs de la population. Soit le pouvoir d’achat des revenus du capital : on en parle peu, très peu même ! Tout indique qu’il va de soi, présent d’office dès qu’il s’agit des revenus qui, suffisamment puissants et riches, sont à peine assujettis aux prix des biens et des services. Car aucun prix n’est élevé ni exorbitant en soi ! Le pouvoir d’achat des revenus du capital est une donnée à tel point naturalisée qu’il serait politiquement incorrect et littéralement redondant d’en parler. Il en va de même, à l’autre bout de la chaine [!], pour les prestations sociales. Non plus, comme précédemment, par excès mais maintenant par défaut. A savoir : le pouvoir d’achat des individus et des groupes dont la survie est corrélée aux prestations sociales reste limité, systématiquement insuffisant, délibérément provisoire. Ces prestations étant sociales, elles ne visent pas à solutionner la dimension économique, locative ou d’emploi des problèmes des gens mais à les aider « à tenir » au mieux. Ceci n’invalide aucunement la raison d’être de ces prestations mais en souligne la portée et les limites.

Le pouvoir d’achat constitue un indice des conditions de reproduction économique, politique, idéologique des différentes couches et classes sociales autant qu’un symptôme de leurs inégalités structurelles et indépassables. Il reste ainsi un souci permanent des couches moyennes et populaires. Quand le pouvoir d’achat connait des augmentations, celles-ci s’avèrent toujours limitées et plus ou moins rapidement contrariées par l’accroissement du prix des biens et des services : le pouvoir d’achat des couches moyennes et populaires ne saurait atteindre celui des revenus du capital sous peine de chambouler le système tout entier des rapports sociaux. Peut-être faudrait-il parler de pouvoirs d’achats au pluriel ? Car c’est rien de moins que la question du pouvoir qui est en jeu – le pouvoir de décider, d’imposer, de régler les alliances et les oppositions, le pouvoir de perpétuer l’état des choses ou d’en changer le cours. N’est-ce pas, en résumé, l’enjeu principal, aujourd’hui ?

Saül Karsz – juin 2019

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