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Grèce, berceau de civilisation

Deux inventions font de la Grèce un berceau de civilisation, non sans rapport l’une avec l’autre. D’une part, la pratique philosophique, activité inédite de ceux qui s’y emploient à leurs risques et périls, tel Socrate : ne pas céder sur la question du pourquoi, ne pas considérer que l’ordre dominant est forcément inéluctable, ne pas faire de l’évidence la vérité des choses et des êtres. D’autre part, l’invention de l’idée démocratique, gouvernement par et pour le peuple, modalité sui generis d’un certain vivre-ensemble, forme inédite de cohabitation des différences et des oppositions. Dans les deux cas, la résignation – même déguisée en réalisme – est loin de constituer l’horizon souhaitable de toute vie. S’y inaugure un travail civilisationnel, cette lutte jamais close contre les multiples formes d’obscurantisme et de prépotence – travail toujours en cours. Aujourd’hui, en effet, la Grèce menée par Syriza – parti appelé d’extrême gauche dans la mesure où la gauche peine à ne pas se situer à droite – la Grèce donc, s’emploie à perpétuer ce travail civilisationnel. Combat aussi inégal qu’exemplaire, il se déroule sur plusieurs fronts à la fois.

Médiatique, tout d’abord. Presse, radio, télévision insistent pratiquement tous les jours sur « les négociations de la dernière heure » tentées par la Grèce pour amadouer des créanciers pourtant endurants et bienveillants à son égard. Ils épinglent l’intransigeance des dirigeants grecs, poncif qui sous-entend l’ouverture d’esprit de la troïka. Ils ponctuent le refus du réalisme (tiens !) des Hellènes. Etc. Etc. Ce martèlement fait partie à part entière de la guerre en cours. Car, souligne une banderole vue récemment à Montpellier, si la Grèce était une banque elle serait déjà sauvée.

Front politique, ensuite. Enjeu principal : le rejet grec de la figure emblématique de l’austérité, soit de la réduction accrue des rémunérations et des conditions de (sur)vie des classes moyennes et populaires, rejet qui inclut une réforme fiscale qui, se voulant juste, s’attaque aux revenus colossaux des puissants et à la fuite des capitaux vers les paradis fiscaux. Sont en jeu des lignes politiques et économiques inconciliables ainsi que des concessions que les belligérants peuvent ou pas consentir. Ces enjeux propres à la Grèce sont susceptibles de croiser des revendications manifestes ou latentes au sein d’autres pays européens. Raison majeure pour enrayer cette contamination mortelle.

Front géopolitique et économique, enfin. L’éventuelle sortie de la Grèce de l’Europe poserait de multiples problèmes non seulement à ce pays, comme on le remarque souvent, mais aussi à cette Union, ce qu’on ponctue beaucoup moins. L’Europe néo-libérale cesserait d’être intouchable. Ses modalités de fonctionnement actuelles paraîtront de moins en moins inéluctables. Ses principes surtout économiques seront soumis à rude débat et nécessiteront quelques amendements probablement radicaux. Pas superflu de le rappeler : aider la Grèce c’est aussi aider ceux qui l’aident à se faire aider.

Tel est le diagnostic proposé ici. Il n’y a pas de « crise grecque » mais une crise européenne à l’occasion et sous prétexte des difficultés de la Grèce à rester suffisamment néolibérale. Soutenir un tel diagnostic implique que les deux inventions grecques soient plus que jamais à l’ordre du jour.

Saül Karsz – juin 2015

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1 commentaire(s)

Delattre Nicole

Le 6 juillet 2015 à 14 h 49 min - Répondre

Il existe aussi une autre comparaison à faire (anachronique mais néanmoins intéressante) entre l’Union Européenne et le régime des Cités hélléniques, chaque cité étant l’équivalent d’un Etat-Nation avec son régime politique, son mode de production et d’échange économiques, son système d’éducation, ses valeurs, ses dieux.

Si les Grecs de l’Antiquité ont inventé la philosophie et la démocratie, ils sont avant tout inventé la politique. Hérodote raconte que les visiteurs, les Perses surtout, étaient ébahis par le fait que les Grecs discutaient toute le journée des affaires de la cité et que tout était soumis à délibération dans les rues ou sus les places. Situation reproduite systématiquement par Platon dans ses dialogues, en particulier dans le plus important d’entre eux : « La République ».

Toute la semaine dernière on nous a dit que la question soumise au référendum était incompréhensible pour le commun des mortels et que l’abstention serait très forte. La surprise a certes été pour les Grecs eux- mêmes l’importance de la victoire du non, mais pas semble-t-il celle de la participation ! En 6 jours paysans, ouvriers, retraités, vieux et jeunes, diplômés et non -diplômés, ont compris une question «  »incompréhensible au commun des mortels », ou plutôt à ce que nos politiques et nos médias imaginent être commun des mortels…

C’est aussi ra la leçon d’hier.
C’est aussi ça la leçon d’hier.

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