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Feignant ou plutôt fainéant ou bien les deux ?

« Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front « [Génèse, ch. 3- verset 19]

Epithète proférée récemment par le Président français à l’adresse de destinataires guère identifiés. Tout le monde risquant de se sentir concerné, les communicants attitrés ont immédiatement communiqué en communiquant qui était visé par ce terme de fainéant. Cette communication n’ayant pourtant été confirmée ni démentie par la suite, on peut se dire qu’elle n’a point communiqué du tout. Mais l’épithète en question a irrité, sinon scandalisé, nombre de personnes et de groupes, notamment progressistes. Pourquoi ?

Dans notre culture, le travail, la production, l’activité sous pratiquement n’importe quelle forme et dans n’importe quel domaine représentent une valeur fort appréciée, accolée à des ressentis tels la dignité, le respect de soi, la considération des cercles familiaux et amicaux, la présomption d’avoir une place au sein des rapports sociaux, de participer aux enjeux institutionnels, etc. Avoir un emploi c’est s’employer à être utile à soi et aux autres. Mais manquer d’emploi n’implique pas de manquer de travail (des femmes au foyer aux retraités). Des revendications bien compréhensibles se font régulièrement jour à ce propos. Dans les relations intrafamiliales, les itinéraires scolaires, les parcours professionnels, le qualificatif « fainéant » est rarement prononcé ou entendu comme un compliment. Ce n’est nullement une vertu. Il signale un inconvénient, une disqualification parfois définitive. Il préjuge d’un avenir sombre pour des sujets ainsi épinglés, bel et bien responsables du sort qui les attend et qui, en outre, par leur faute, ébranlent la communauté toute entière. Ils sont coupables de dérobade, d’indifférence au monde. Tels des profiteurs d’opportunités scolaires, familiales ou sociales auxquelles ils se gardent bien de contribuer. Un cynisme certain les anime. Mis sur la sellette, dénoncés devant témoins, des feignants et des fainéants se sentent personnellement, intimement, profondément touchés. C’est dire combien va loin, dans l’existence individuelle et le destin collectif, l’épithète infamante de fainéant. C’est dire aussi à quoi ses destinataires essaient de réagir, quel Jugement (final ?) ils tiennent à conjurer.

Jugement final qui, justement, rappelle le verdict biblique et sa dose, si typiquement religieuse, d’implacable paranoïa et d’imprescriptible souffrance : le travail est indissociable de la peine, de la contrainte, de l’imposition – de la sueur. N’est-ce pas là le sort de tout un chacun ? Certainement pas ! Si l’épithète fainéant se déploie tout au long de nos existences publiques et privées, ce n’est pas de la même manière partout, ce n’est même pas pour tous. Tout le monde n’est pas pris dans un travail qui ressemble à un assèchement physique et/ou mental. D’ailleurs, tout le monde n’a pas besoin de travailler. Restent ceux qui y tiennent mais sous des conditions objectives et subjectives moins aliénantes. Rien de plus bizarre et de plus démodé du point de vue des réformes néolibérales en cours ! Comment se fait-il que certains souhaitent un autre monde que celui dans lequel nous vivons actuellement ?! Quelle époustouflante incongruence !

C’est ce qui est visé par la fameuse épithète. Celle-ci énonce un ancestral, un tenace mépris de classe. Ses émetteurs considèrent normal et nécessaire que les autres s’inclinent et en soient même reconnaissants. Quant à ses destinataires, ils ressentent ce mépris d’autant plus douloureusement qu’ils ne sont pas équipés pour en percer les tenants et les aboutissants. Rappel que jouissance et souffrance affectives sont toujours idéologiquement chargées.

Saül Karsz – Octobre 2017

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