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Entretien avec Michel Parazelli

Entretien avec Michel PARAZELLI                                           

Pratiques Sociales : Michel Parazelli, vous êtes professeur-chercheur à l’École de Travail Social de l’Université du Québec à Montréal ainsi que directeur de la revue Nouvelles Pratiques Sociales. Voulez-vous nous dire quels sont vos thèmes de recherche et votre terrain d’étude ?

Michel Parazelli 

Je travaille principalement sur deux thèmes de recherche:

  1. 1.     L’étude des rapports espace-société dans le domaine des marginalités sociales urbaines
    1. 2.     Les principes d’intervention collective de démocratie participative.

Le thème 1 concerne les rapports espace-société, à savoir les rapports socio-symboliques à la marge sociale urbaine chez les jeunes de la rue, et plus récemment, chez toutes les personnes en situation de marginalité (itinérants/SDF, toxicomanes, prostituées, etc.). Les objectifs de ce chantier de recherche visent à mettre en lumière les normativités différentielles qui circulent dans les marges urbaines selon les acteurs concernés par la présence de ces personnes dans les espaces publics. Ces réflexions trouvent leur point de départ dans ma thèse de doctorat où je rends compte des résultats d’une recherche qualitative menée dans les années 1990 montrant comment les jeunes de la rue ne font pas que se détruire ou se désorganiser dans l’espace de la rue à Montréal, mais aussi se socialisent et s’insèrent dans la société par la marge[1]. C’est en recourant à la pensée paradoxale et contradictoire comme point d’appui analytique, et l’espace transitionnel comme entrée théorique notamment, que j’ai formulé le concept de socialisation marginalisée pour rendre compte des représentations que les jeunes de la rue se faisaient eux-mêmes de leurs pratiques, contrairement aux représentations théoriques habituelles servant à qualifier cette réalité sociale telles que l’errance, l’anomie, la désorganisation sociale ou l’exclusion.

L’exemple du centre-ville de Montréal

Ce point de vue permet de soutenir que le rapport paradoxal à la vie de rue que les jeunes établissent et que les travailleurs de rue ont observé est aussi, comme le rapport à d’autres modes de vie, un rapport qui peut être à la fois émancipateur et aliénant. Les jeunes de la rue n’échappent pas à ce paradoxe et font, comme les autres habitants, partie de la société avec cette spécificité qu’ils choisissent un lieu qui étaye davantage leurs expériences identitaires d’origine marquées par la violence, la transgression et le rejet. Le temps symbolique dans la rue correspondrait alors à cet héritage normatif à partir duquel les jeunes tenteraient de faire autre chose de ce que l’on a fait d’eux.

La normativité est également analysée à travers l’étude des rapports à l’espace, celui-ci n’étant pas considéré seulement comme un contenant, une ressource ou uniquement une délimitation d’une catégorie, mais comme une structure de relations de positions (représentation topologique). Mon travail théorique porte sur :

–        la spécificité du concept d’espace (concept polysémique) : quel rôle joue l’espace chez les humains dans l’appréhension du réel d’une part, et dans les rapports de pouvoir face à nos propres désirs d’appropriation d’une place sociale en relation avec les aspirations des autres, d’autre part ?

–        la représentation topologique de l’espace en lien avec le mouvement d’appropriation de l’acte. Ce qui implique le recours à la notion de position, à la fois investie de sens et dont la valeur spatialisée dans la matérialité du monde extérieur représente un degré d’attractivité et de répulsivité variable selon les enjeux contextuels d’appropriation, dynamisant ainsi la conflictualité potentielle des relations de position avec d’autres convoitant les mêmes lieux.

On touche là à la dimension politique de l’appropriation de l’espace. En effet, l’objectif est de mieux comprendre ces enjeux à partir de l’analyse des normativités des acteurs impliqués, normativités qui induisent des actes d’appropriation des lieux et des rapports spécifiques de pouvoir visant à contrôler les règles de l’imaginaire socio-symbolique de l’étayage de certaines identités plutôt que d’autres dans certains lieux.

Un exemple : les projets de revitalisation du centre-ville de Montréal sont mis en œuvre pour diffuser certains types d’ambiance par des dispositifs lumineux, du mobilier urbain, des discours  publicitaires, dans le but de faire ce qui est appelé du « branding urbain ». L’objectif est de vendre l’idée que l’image du centre-ville doit dorénavant être associée à la production de spectacles, de festivals, bref au divertissement de masse sécurisé. Au-delà des discours des planificateurs, on tente surtout de spatialiser cet imaginaire par un environnement socio-symbolique pouvant favoriser ce segment de marché en prescrivant des représentations d’usages associées au plaisir festif et à l’amusement. C’est un projet urbanistique important pour le classement de la ville de Montréal dans le palmarès des villes-mondes. Mais ce développement a pour conséquence de favoriser l’intolérance envers les populations marginalisées qui, de leur côté, étayent leurs identités marginalisées dans les espaces publics tels que les parcs, les rues, les lieux moins fréquentés, les espaces vacants, etc. Par leurs manières de se rendre visibles, leurs façons de se vêtir et d’entrer en contact avec les gens, ils diffusent des images de décadence, d’échec social qui vont à l’encontre des images de prospérité et d’amusement que les acteurs politiques et commerciaux de la revitalisation souhaiteraient fortement diffuser.

Si je dis que des personnes en situation de marginalité peuvent étayer leurs identités dans les lieux publics, c’est que j’ai pu rendre visible cette réalité en recourant au concept d’espace transitionnel du psychanalyste et pédiatre, D. W. Winnicott, pour comprendre de façon théorique et non seulement de manière idéologique le processus d’identification des jeunes de la rue au sein de leur vie de rue, mais plus précisément à partir de l’appropriation de certains lieux dotant ceux-ci d’un potentiel transitionnel plus ou moins fort selon le contexte d’interactions qu’ils investissaient. J’ai développé l’idée selon laquelle un contexte d’interactions sociospatial peut être qualifié de transitionnel, s’il réunit les trois conditions suivantes :

–        la réciprocité des relations et l’investissement socio-symbolique mutuel

–        la confiance et la fiabilité dans le contexte d’interaction

–        un potentiel d’indétermination des règles du jeu, à savoir que les gens puissent créer de nouvelles règles dans des lieux qui en possèdent déjà, qu’il y ait des marges de manœuvre.

C’est en observant la synergie plus ou moins importante de ces trois conditions dans les lieux fréquentés par ces jeunes, que j’ai pu analyser les modes de relations des jeunes de la rue qui se reconnaissaient dans des lieux diffusant des traces d’eux-mêmes, et dans lesquels ils pouvaient se retrouver et y revenir en s’y sentant plus ou moins chez eux (étayage de l’identité dans les lieux). Quand des travailleurs de rue tentent d’affirmer que la rue peut aussi être un lieu de réalisation de soi, ils passent pour fous parce que, sur le plan moral, c’est absolument indécent de dire cela ; pour la plupart des gens, la rue c’est affreux, c’est la destruction de soi. Mon travail fut de penser théoriquement la possibilité pour des jeunes de rencontrer dans la rue des contextes d’interactions permettant de faire des trouvailles sociales, d’étayer ces trouvailles (potentiel transitionnel) ; la trouvaille en question étant d’être capable d’étayer ses désirs d’identification. Il y a un secteur qui existe depuis une centaine d’années dans le centre-ville-est (plus francophone) de Montréal, appelé le Red Light en référence aux anciennes lanternes aux portes des maisons closes, et qui est en voie de disparition depuis une quinzaine d’années à cause des projets de revitalisation qui transforment l’ensemble du secteur en Quartier des spectacles. Il s’agissait donc d’un secteur où l’on retrouvait non seulement les pratiques prostitutives, mais aussi les pratiques illégales ou contre-culturelles, ainsi que de nombreuses salles de spectacles culturels innovateurs (ex. : le burlesque et le jazz), undergrounds, tout ce qui était plus ou moins marginal. Dans ce secteur, où se situe d’ailleurs l’université où je travaille, et où la bourgeoisie francophone s’était établie au XIXe siècle à proximité, l’ensemble des Québécois sait encore aujourd’hui que, lorsque nous fréquentons ce secteur-là, nous allons vers l’aventure, et vivre l’expérience du risque et/ou de l’émancipation.

Ce sont des lieux d’investissement socio-symbolique importants liés à la marginalité, à la transgression et à une certaine liberté. Les jeunes de la rue fréquentaient assidument ces lieux, parce que les prégnances symboliques de ces lieux les renvoyaient notamment à leurs désirs d’émancipation par rapport à la violence familiale et institutionnelle.

L’autre raison qui fait que d’autres personnes en situation de marginalité telles que des itinérants, des toxicomanes et des prostituées fréquentent encore ces lieux malgré la disparition graduelle du Red Light, c’est le fait que dans les centres-villes on trouve généralement une pluralité de règles normatives, une diversité de comportements et de pratiques de régulation des comportements que l’on ne retrouve pas avec autant de diversité dans les quartiers périphériques. Ce n’est donc pas seulement parce qu’il y a là plusieurs ressources d’aide, même si celles-ci représentent un avantage indéniable. En fait, l’existence d’institutions différentes qui gèrent les lieux et les comportements fait qu’elles n’ont pas nécessairement les mêmes règles et les mêmes systèmes de régulation, ainsi que les mêmes niveaux de tolérance. Les gens désirant ou contraints de vivre en marge disposent donc d’une marge de manœuvre pour jouer avec les différents cadres de régulation coexistants. Ceci est plus difficile en région ou dans les quartiers périphériques qui sont plus homogènes, et moins tolérants aux écarts normatifs de ce type.

En fait, depuis 15 ans, nous assistons à des rapports conflictuels entre des acteurs ayant des normativités différentes sur la conception des espaces publics[2], de leurs usages et de la cohabitation. A quoi servent les espaces publics aujourd’hui ? A qui servent-ils ?

Pour exemple, je reprends les propos d’un représentant d’un groupe de citoyens et d’organismes sociaux, président d’une table de concertation depuis 15 ans, et qui disait lors d’un débat auquel j’ai participé : «Je comprends bien que l’on souhaite que les ressources pour itinérants et jeunes de la rue soient concentrées au centre-ville. Mais au centre-ville, il y a aussi des lieux de résidence et c’est important aussi de penser aux droits des résidents ; on ne doit pas faire reposer sur ces résidents tous  les problèmes associés aux marginaux qui sont aussi d’origine extérieure au centre-ville. Il y a une migration de la population vers le centre-ville et on devrait penser à répartir ces ressources à l’échelle métropolitaine et redistribuer ainsi les refuges, les foyers d’hébergement, les centres pour jeunes de manière plus équitable entre le centre et la périphérie. Il faut casser cette théorie-là qui dit que toutes les ressources devraient être au centre-ville ».

Ma réaction à ce témoignage fut la suivante : J’ai donc répliqué qu’il est important de rappeler  qu’historiquement, les personnes itinérantes étaient au centre-ville avant les ressources, celles-ci leur ayant emboité le pas pour leur venir en aide. Les ressources se sont installées là où les problèmes de mendicité, d’alcoolisme et d’itinérance ont émergé, pas le contraire. Ce sont des faits historiques dont les traces repérables dans les historiographies remontent à la période de l’industrialisation urbaine du Québec au XIXe siècle avec tous les effets connus de précarisation des familles dans les faubourgs (chômage, violence et mendicité). La théorie du président de la table de concertation ne prend pas en compte les significations que donnent les personnes itinérantes à leur parcours, à leur situation identitaire, à leurs choix et les considère comme source de problèmes et de nuisances, comme on pourrait en avoir avec la pollution. En fait, cette vision de l’itinérance réfère à une théorie fonctionnaliste de l’histoire de la présence des personnes marginalisées au centre-ville où le seul rationnel coûts-bénéfices suffit à rendre compte de la présence d’une personne en situation de marginalité au centre-ville. Ce que je propose en contrepartie, c’est plutôt une théorie géo sociale de l’histoire de l’attractivité du centre-ville pour les personnes en situation de marginalité où l’imaginaire et les possibilités d’en étayer spatialement le sens comptent aussi dans la compréhension de cette réalité, et non seulement l’attrait des ressources permettant aux personnes de subvenir à leurs besoins fondamentaux tels que manger, dormir, etc.

Il ne suffit pas de convenir des nécessités pratiques à tout être humain pour survivre biologiquement, il importe aussi de s’interroger sur ce qui attire sur le plan du désir les personnes itinérantes dans certains lieux plutôt que d’autres au centre-ville (car elles ont aussi des désirs…). Les personnes itinérantes vont-elles se déplacer si les ressources sont mobilisées en périphérie ? Probablement en partie, mais je pense que si on fait cela, on risque de compliquer leur vie, et de ne répondre qu’aux besoins de la nouvelle classe urbaine qui tente d’imposer sa normativité de la vie collective et de la cohabitation dans les espaces publics. Il faut s’interroger sur les contextes d’interactions qui demeurent attractifs pour les personnes en situation de marginalité. Je dis « il faut » car je pense que la perspective démocratique à laquelle j’adhère traduit mon désir de ne pas dévaloriser les perdants de ce monde concurrentiel et vorace, et dont la rhétorique démocratique de l’égalité des opportunités fait fi de l’inégalité des expériences.

Le thème 2 de mes recherches porte sur les principes d’intervention collective de démocratie participative.

Les résultats de ma recherche doctorale m’ont conduit au constat suivant : si, pour les jeunes de la rue, cette modalité de vie sociale est une tentative d’insertion par la marge, que j’ai appelée socialisation marginalisée, et où certains apprennent beaucoup de choses sur la société, ces pratiques marginalisées évoluent dans des contextes difficiles. On ne peut pas dire que la vie de rue se déroule dans un univers démocratique. Dans le monde de la rue, on peut y trouver du meilleur comme du pire. Moins nous reconnaissons les efforts d’insertion par la marge, et plus nous excluons les jeunes de leurs lieux de socialisation, plus les difficultés risquent de s’accroitre pour eux. Ce qui est habituellement proposé par les services sociaux, ce sont des interventions associées aux problèmes socio-sanitaires (hygiène, nourriture, logement). On privilégie davantage une prise en charge  sociosanitaire et non une prise en compte politique de leur existence sociale. Ainsi, dans le cadre d’une recherche postdoctorale, j’ai expérimenté un projet pilote mettant en place un cadre de communication favorisant l’expression collective et le dialogue entre des groupes de jeunes de la rue, des intervenants sociaux, des élus municipaux et des policiers. Des jeunes de la rue ont ainsi élaboré une parole collective portée par eux-mêmes et transmise à d’autres acteurs sociaux impliqués dans leur vie de rue, qui à leur tour répondaient aux questions des jeunes et ce de façon continue pendant 6 ans. Le défi que je m’étais donné avec des partenaires associatifs était  de dépasser cette limite des acteurs sociaux à reconnaitre de façon démocratique la place sociale des jeunes de la rue, ainsi que la limite de ces jeunes à ne pas s’engager de façon collective dans un dialogue avec les personnes non marginales, et à recourir aux travailleurs de rue pour traduire leurs demandes à leur place.

 

Une expérience inspirée des travaux de Gérard Mendel

Nous nous sommes inspirés de la sociopsychanalyse proposée par Gérard MENDEL pour instaurer un cadre de discussions, d’échanges, de dialogues, de façon à établir des rapports un peu plus égalitaires dans un contexte de négociation, de discussion entre des gens qui ont des rapports inégalitaires et  hiérarchisés (des jeunes de la rue, des politiques, des intervenants sociaux, des policiers). Autrement dit, faire un pont démocratique entre la marge et le centre. Nous avons donc adapté le dispositif Mendel pour qu’il soit applicable en milieu ouvert entre plusieurs institutions, contrairement à la pratique habituelle qui s’exerce à l’intérieur d’une seule institution.

L’hypothèse de MENDEL est la suivante : dans les rapports sociaux nous projetons de façon inconsciente des rapports de type familialiste, donc inégaux. Les premiers moments de la socialisation à la petite enfance ont été suffisamment marquants pour que dans le social, à notre insu, et pour être confortable et mieux comprendre notre place sociale vis-à-vis des autres, pour saisir ce qu’on doit faire et ce qu’on ne doit pas faire, nous faisons comme si nous étions une famille, dans une famille. Dans les organisations, ces schémas varient selon l’expérience familiale de chacun. Par exemple nous pouvons considérer les gens qui ont plus d’expériences ou qui sont plus âgés, comme nos parents ou nos grands frères ou grandes sœurs ou, à l’inverse, voir des personnes moins expérimentées ou qui viennent d’arriver comme nos petits frères ou petites sœurs. Ce familialisme traverserait l’ensemble des sociétés. L’intérêt théorique de cette hypothèse est de tirer à la fois sur des fils du psychisme et du social en s’interrogeant sur certains effets du social sur le psychisme.

Dans la rue, les jeunes essaient aussi de reproduire une famille fictive, pour se protéger des aléas de la rue en créant des rapports fusionnels entre eux. Cet avantage lié à la protection peut se transformer en inconvénient parce que l’expression de la différence devient alors difficile. Quand l’euphorie de la fusion consensuelle existe, tout va bien, mais dès que le conflit éclate, l’illusion groupale disparaît brutalement.

Entre les politiques et les jeunes de la rue, il y a aussi ce type de rapport là. Par exemple, le politique ou le policier agit souvent comme le père dont les jeunes auraient manqué d’en éprouver l’autorité bienveillante. La tentation est grande de vouloir remplacer ou corriger le père défaillant que le jeune n’aurait pas eu. Il y a donc un rapport familialiste qui consiste à faire autorité en exigeant le respect notamment. Les jeunes également projettent sur les politiques leurs parents violents. Nous faisons face à un nœud difficile à comprendre et à défaire, d’autant plus qu’il est inconscient. Les personnes avec lesquelles nous travaillons comprennent que cette hypothèse est tout à fait plausible et disent qu’ils ressentent ce type de rapports entre les travailleurs de rue et les jeunes, le premier se posant comme le grand frère du second. Il y a ainsi des rapports de dépendance qui demeurent figés dans l’inégalité familialiste.

MENDEL et son équipe ont travaillé pendant plus d’une trentaine d’années pour ajuster les éléments d’un dispositif visant à atténuer ce type de rapports et de projection familialiste.

La mise en place d’un tel dispositif exige d’abord la création de groupes homogènes qui reconstituent les mondes institutionnels impliqués dans le milieu de la rue, à savoir des organismes communautaires, des policiers, des institutions publiques et des jeunes de la rue. La méthode est basée sur des discussions de groupe à groupe, sans face à face parce que celui-ci est justement propice à la projection familialiste, et il met en évidence les différences qu’on associe spontanément  aux identifications familiales. Quand on veut régler un problème et qu’on met autour de la table, en face à face, des policiers, des politiques, des jeunes adultes, rapidement les jeunes de la rue abandonnent au bout de quelques minutes parce qu’ils disent ne rien comprendre, avoir de la difficulté à se faire comprendre, et ne pas trouver d’utilité à ce qui se dit. Ils délèguent alors leur pouvoir d’expression aux intervenants qu’ils pensent davantage en capacité de mener des discussions avec les politiques. Pour cette raison, le fait qu’il n’y ait pas de face à face dans le dispositif Mendel était fort intéressant. Nous avons constitué deux groupes de jeunes adultes pour respecter un certain nombre de différences, un groupe de policiers, un groupe d’élus et deux personnes qui assumaient la régulation du jeu. Le jeu en question consistait d’abord à répondre aux questions de départ suivantes : quels sont les problèmes que vous vivez ? Quelles sont les réalités de terrain que vous rencontrez ? Avez-vous des questions à poser pour améliorer la situation dans votre acte de vie de rue ou votre acte de travail par rapport aux autres acteurs ?

Ainsi, nous avons travaillé comme en spirale avec les uns et les autres sur des thèmes qu’ils avaient envie de discuter. Nous n’avions pas d’autres objectifs de résultats que celui de la socialisation démocratique à laquelle nous les invitions finalement par l’intégration des règles du jeu, où tous les participants étaient soumis aux mêmes règles dont l’obligation de répondre selon un argumentaire développé. L’idée est de déplacer l’autorité de la figure d’une personne, sur les règles du jeu d’un dispositif, de faire en sorte de ne pas personnaliser mais plutôt de partager démocratiquement la parole autour des règles du jeu communes. Cette recherche-intervention a été menée pendant 6 ans, de 1999 à 2006 en suivant des phases successives de subventions, et d’ajustements progressifs du cadre proposé[3].

Cette démarche est en lien avec les études sur les thèmes de l’autorité et de l’intervention sociale. Avec des collègues du monde associatif, j’ai mis sur pied un groupe de sociopsychanalyse à Montréal, le collectif Désisyphe.

PS : Quelles sont vos références théoriques et les orientations que vous privilégiez et défendez pour mener vos activités de recherche et d’enseignement ?

MP : Je suis très attentif aux enjeux politiques entourant le choix des modes d’interprétation des phénomènes sociaux ou psychosociaux. J’ai suivi une formation en géographie sociale et en philosophie du langage, où je me suis intéressé aux travaux anthropolinguistique de Whorf et de Sapir, ainsi qu’à la sémiotique et aux travaux de Peirce. Par exemple, la théorie de la relativité linguistique de Sapir-Whorf (étude des Hopis) m’a aidé à comprendre comment le système linguistique indo-européen, de par l’existence ou non de mots et d’une certaine organisation syntaxique, propose une appréhension du réel spécifique, à laquelle l’espace et le temps n’échappent  pas. Rappelons que pour Whorf, qui a analysé la langue uto-aztèque des Hopis, ceux-ci n’auraient aucun mot pour décrire le temps, pas même pour le passé, présent et futur. Cette connaissance m’a aussi permis de mieux orienter mon travail théorique sur l’espace géographique et la structuration de nos rapports à celui-ci.

Winnicott, Piaget, Mendel, Thom…

Cet aspect de ma formation m’a permis de prendre du recul par rapport aux mots qu’on utilise pour nommer la réalité, pour la fixer d’une certaine manière, et éventuellement tenter d’en modifier les représentations.

Pour étudier les rapports espace-société, je travaille à partir du concept d’espace transitionnel de Winnicott, en lien avec les travaux de Piaget sur la genèse de la représentation de l’espace chez l’enfant. Je m’appuie également sur le cadre épistémologique de la géographie structurale que l’on trouve dans certains travaux québécois (Mercier, Desmarais), et aussi à partir de théories interdisciplinaires issues de la sociologie, de l’anthropologie, des sciences politiques, de la philosophie… De façon complémentaire, les concepts de prégnance et de saillance de René Thom m’aident à mieux saisir les textures urbaines de l’espace rendant ce dernier attractif ou répulsif selon les pratiques urbaines d’identification, d’investissement et d’interprétation des acteurs face aux lieux.

Bref, j’essaie de mieux comprendre les implications théoriques qui découlent du concept d’espace transitionnel car la genèse de l’appréhension du réel qu’il permet de décrire à travers l’appropriation d’un objet du monde extérieur rend aussi compte de l’appréhension de la première représentation de l’espace (topologique), coïncidant de plus avec le début de l’activité symbolique et de la formation de l’inconscient. Il faut savoir que Mendel appuie sa théorie du mouvement de l’appropriation de l’acte sur l’objet transitionnel de Winnicott. On peut d’ailleurs considérer le dispositif qu’il a mis en place comme un effort pour créer une sorte d’espace transitionnel collectif. Il y a là tout un chantier de problématisations fort stimulantes et de quoi occuper son chercheur ! Au niveau sociologique, j’ai aussi des repères d’inspiration marxiste et foucaldienne, notamment autour des questions individus-sociétés, des enjeux normatifs conflictuels et du développement des idéologies.

PS : Quel lien faites-vous entre vos travaux et recherches et les orientations travaillées par Pratiques Sociales ?

MP : Le lien avec Pratiques sociales et le travail théorique de Saül Karsz se fait entre autres sur la question de l’épistémologie des sciences sociales et humaines. Il nous fait nous interroger sur le pourquoi davantage que sur le comment, développant ainsi l’esprit critique. Saül Karsz m’a beaucoup inspiré avec sa grille d’analyse clinique ; il propose une épistémologie des pratiques à partir d’une analyse des registres normatifs qui orientent les praticiens dans le quotidien de leur travail, à savoir les registres théorique, éthique, subjectif. Et j’ajoute le registre politique qui traverse les trois premiers par les rapports de pouvoir qu’ils induisent dans les pratiques concrètes. Ces registres se nourrissent les uns les autres, chacun permettant aux autres de se développer. C’est une grille très intéressante pour repérer les fondements rationnels et irrationnels à partir desquels les intervenants guident leurs pratiques. Elle permet de développer le savoir des pratiques des intervenants à un moment donné de leur histoire.

Actuellement, je me sers aussi de la typologie de l’épistémologue québécois Pierre Paillé pour permettre aux intervenants, confrontés aux mirages positivistes de la science associée à la prévention précoce, d’acquérir un minimum d’esprit critique face aux enjeux politiques de la scientificité. Paillé a identifié quatre grands paradigmes rendant compte de différences fondamentales dans la production de connaissances : l’épistémologie des sens, celle de l’action, l’épistémologie critique et celle du contrôle. C’est une simplification des différences épistémologiques qui a l’avantage d’être compréhensible et de mettre en lumière l’imposture de ceux qui se réclament de La Science.

 

Travail sur un épisode de squattage

Prenons par exemple les positions des acteurs impliqués dans un épisode de squattage. J’ai utilisé les registres normatifs de Saül Karsz pour identifier ces positions. Cela m’a permis de voir comment, théoriquement (ou cognitivement), les squatteurs comprenaient leurs pratiques de squattage lors de cet épisode, comment ils les qualifiaient, quel sens ils leur donnaient sur le plan conceptuel, ce qu’ils jugeaient bien ou mal, bon ou pas, dans ce qui s’est passé, et cela au niveau éthique, au niveau idéologique. J’ai pu rendre compte de l’idéal qu’ils défendaient et comment, sur le plan politique, ils ont établi des rapports avec les autres acteurs (rapports de confrontation, d’affrontement, de négociation).

Un tableau croisé reprenant les discours des différents protagonistes a permis de situer et de comparer les positions de chacun des groupes d’acteurs dans le but de mettre en débat, avec les acteurs que j’ai interviewés, les résultats de notre recherche, de produire un effet miroir de leurs positionnements, d’expliciter les positions de tous en les mettant en discussion. De façon générale, les gens ne prennent pas assez de recul pour comprendre les tenants et les aboutissants des positions des autres acteurs par rapport à eux-mêmes.

Des focus groupes auprès des groupes d’acteurs ont donc été organisés pour qu’ils puissent réagir à notre analyse, à notre interprétation et ajouter des correctifs éventuellement. Après cela, nous leur demandions de déléguer une personne pour rendre compte de leurs discussions à l’intérieur du groupe dans un débat public où toutes les personnes intéressées par le thème pouvaient discuter. Cela a permis aux participants au débat de s’expliquer, de clarifier ce qui s’était passé, les raisons pour lesquelles ils avaient fait telle ou telle chose. Le but était de rendre visibles aux gens comment  les pratiques de chaque groupe d’acteurs pouvaient être guidées par un certain nombre de repères normatifs structurant des logiques différentes, voire contradictoires entre certaines, mais toutes sensées.

Actuellement, je dirige une équipe de recherche sur les enjeux du partage de l’espace public entre les personnes en situation de marginalité et les autres acteurs sociaux. Je réalise des interviews en explorant les registres normatifs cognitifs, éthiques, politiques et spatiaux des répondants ; j’ai ajouté ce dernier registre pour rendre compte de l’étayage de ces repères normatifs sur des lieux et des pratiques spatiales. J’essaie de comprendre, à travers la gestion des lieux, la gestion des comportements et la gestion des rapports entre les acteurs, comment les registres normatifs des acteurs s’expriment en rapport avec ces pratiques de gestion. Il s’agit ici aussi de pouvoir différencier les positions entre les acteurs, de les comparer et d’en identifier les enjeux associés au partage des espaces publics. De plus, en complément d’analyse, nous tentons d’identifier la nature des représentations sociales qui circulent dans les discours des médias écrits sur la place des personnes itinérantes dans les espaces publics. Des complexes de représentations fondées sur des images de la réalité, sont alimentés par des imaginaires qui cristallisent certains rapports sociaux. À l’heure actuelle, les représentations les plus prégnantes en ce qui concerne la présence des personnes itinérantes dans les lieux publics réfèrent aux questions de propreté versus saleté, de sauvage versus cultivé, de sécurité versus insécurité et de civilité versus incivilité. J’ai appelé ça « l’imaginaire écosanitaire » en relation avec les repères théoriques et idéologiques de l’écologie urbaine du début du XXe siècle (École de Chicago). La ville y est en effet conçue comme un organisme vivant soumis à des sollicitations internes et externes et qui doit s’adapter aux modifications permanentes du milieu selon un processus de sélection et d’assimilation naturelle. Ceci entraînant cela, la connaissance des lois qui régissent la vie métabolique ou écosystémique de la ville autoriserait les acteurs à considérer les éléments perturbateurs comme des menaces à la santé urbaine. En vertu de cet imaginaire écosanitaire, les actes d’appropriation spatiale des sans-abri peuvent être assimilés à une menace pour l’équilibre du milieu urbain, à l’image d’un écosystème naturel pollué. Si cet imaginaire est prépondérant, il n’est pas le seul, car il fait face à un imaginaire démocratique et un imaginaire salutaire qui entrent parfois en concurrence entre eux. La visée politique de tout ce travail de recherche est de mettre en débat les choix normatifs de la vie collective; il est très difficile de discuter démocratiquement des finalités des choix de société, les débats étant toujours centrés sur les bonnes intentions, sur des idéaux plus ou moins explicités.

PS : Comment vos actions s’articulent-elles avec les orientations politiques et sociales et avec les courants de pensée dominants dans votre pays ?

MP : Je suis professeur-chercheur et engagé dans certaines luttes socio-politico-scientifiques. Pour faire court, je dirais que je travaille à limiter les dégâts de l’idéologie de la prévention précoce et ses utilisations politiques, et ceux résultant des transformations politiques des espaces publics face aux populations marginalisées.

Au Canada, et notamment au Québec, il y a actuellement une tendance gouvernementale conservatrice et néolibérale. Le Premier Ministre du Québec est un ancien député conservateur. La situation risque de s’aggraver sur le plan de l’intervention sociale, et sur le plan du social comme tel : l’imaginaire du rapport à l’autre qui tend à s’imposer est marqué par le comportementalisme et le positivisme ; le social peut être perçu comme une chose, une chose qui fonctionne ou ne fonctionne pas bien, adaptée à des normes qui ne sont pas dites mais qui sont celles de l’ordre social dans lequel nous vivons actuellement, l’ordre conservateur, c’est-à-dire l’économie néolibérale qui doit faire preuve de réalisme face à la concurrence mondiale. Selon le discours néolibéral, nous devons tous rentabiliser nos comportements pour optimiser le développement socio-économique de chaque trajectoire biographique. C’est le paradigme de l’investissement social, porté par des sciences politiques en lien avec ce courant international qui laisse moins de place à la différence. On veut fabriquer une nouvelle génération qui aura intériorisé la subjectivation néolibérale évoquée par Dardot et Laval : c’est le projet néolibéral de la responsabilisation de soi face à la compétitivité, la concurrence et l’efficacité non seulement du marché, mais dans toutes les sphères de la vie sociale. Alors, vous comprenez bien que, dans ce contexte, je me vois ramer à contre-courant, mais je suis quand même heureux de voir que c’est encore possible.

 

Les dangers du projet néolibéral

À travers la nouvelle gestion publique, qu’on appelle aussi le « toyotisme », on tend à transmettre ce type de message de responsabilisation de soi, cette espèce d’enrôlement qu’on fait auprès des travailleurs sociaux pour mobiliser leur engagement créatif envers l’institution. Implantée par l’État dans toutes les institutions publiques, la nouvelle gestion publique accompagne le développement idéologique de la privatisation de l’intervention sociale. Le meilleur exemple de cet état de fait est la fondation Chagnon, la fondation la plus riche au Canada, qui a négocié des partenariats avec l’État québécois pour près d’un milliard de dollars (pour les 10 prochaines années). Cette fondation est en train de bouleverser les pratiques locales (publiques et associatives) au Québec en s’implantant partout, en exigeant des intervenants sociaux qu’ils se concertent autour de sa vision scientifique du développement humain des jeunes enfants et de la prévention précoce des troubles de comportement ou du décrochage scolaire. Vision elle-même fondée sur des experts-entrepreneurs bien occupés à faire la promotion de leur propre expertise auprès des politiques (il en va de même pour l’expertise INSERM en France). Par exemple, les recherches sur lesquelles s’appuie en grande partie cette fondation sont celles qui ont inspiré l’INSERM en 2005 et qui concernent l’expertise sur les troubles de conduites chez l’enfant et l’adolescent. Il s’agit d’une approche biopsychologique faisant appel à la neurobiologie, à l’éthologie et à la génétique, et qui postule que les relations de l’enfant dans son milieu familial joueraient un rôle déterminant dans la formation des synapses des cellules nerveuses, de sorte que ces interactions familiales participeraient directement à la construction du cerveau, plus particulièrement à la formation du lobe frontal (siège de l’autocontrôle) encore malléable à la petite enfance jusqu’à l’âge de cinq ans. De la qualité de ces interactions dépendrait une bonne ou une mauvaise « programmation » du lobe frontal structurant les habiletés cognitives de l’enfant, d’où la nécessité d’un dépistage précoce et d’un suivi intensif durant cette période. On nous fait alors comprendre que des interactions inadéquates entre la mère et l’enfant constituent un risque élevé que l’enfant développe des comportements violents faute de dispositions cognitives d’autorégulation.

Cette tendance comportementaliste dans la théorisation des problèmes sociaux traverse presque  toutes les dimensions de l’intervention sociale actuellement. La question des significations symboliques et des apports spécifiques de la psychanalyse perd de plus en plus de sa valeur. Tout peut et doit être contrôlé. Selon cette fondation et l’État qui la sollicite, il faut lutter contre l’incompétence, l’immobilisme, la médiocrité des projets dont les objectifs ne correspondent pas aux résultats attendus. Des experts positivistes prédisent les résultats à atteindre en fonction des meilleures pratiques. Ce courant idéologique promet un monde meilleur, amélioré, plus fonctionnel, plus rentable, et finalement très rigide. Cela va de pair, sur le plan urbain, avec la lutte contre les incivilités, et le nettoyage des espaces. L’espace public se transforme de plus en plus en une vitrine sociale lisse disponible au marketing urbain qui recourt à la production d’ambiances pour en stabiliser la prescription consommatoire.

La position que je tente d’occuper par rapport à ce courant qui s’impose actuellement, c’est de faire reconnaitre les problèmes associés à ces orientations, de la manière la plus démocratique possible, de relancer des débats mettant en question ces pratiques néolibérales. Le défi c’est de désenrôler les gens en dégageant les registres normatifs qui traversent les pratiques actuelles. Bref, on se rend compte que si l’humanisme béat dont parle Saül Karsz est extrêmement implanté ici aussi, le travail théorique, lui, est très faible et les actes de débrouillardise, les trouvailles faisant montre de savoirs implicites ne sont pas beaucoup travaillés. Nous voulons aussi offrir des moments d’échanges aux intervenants et aux personnes marginalisées en leur demandant de s’interroger de façon critique sur les questions qui doivent être traitées prioritairement à l’heure actuelle, dont les conditions d’exercice de leur acte de travail. C’est donc dans cette perspective que j’ai terminé avec une collègue du monde associatif œuvrant auprès des groupes familles, Carol Gélinas, une tournée d’une quinzaine de formations auprès des groupes communautaires (associatifs) qui s’interrogeaient sur les choix à faire devant les offres difficiles à refuser de la Fondation Chagnon. Cela permet de mettre en débat des choix en développant collectivement une argumentation permettant d’étayer davantage des propositions. Ce type d’activité est important et même crucial car cela permet aux personnes de prendre le temps de penser, de s’arrêter et de faire des liens avec les situations des autres.

L’idée est de lutter contre une certaine autorité en travaillant à questionner, à construire et à renforcer sa propre position, en analysant ses propres repères normatifs guidant les pratiques. Le travail sur les discours, en lien avec la question de ces registres, permet de faire l’analyse des mots utilisés qui cristallisent l’adhésion, la mobilisation et l’orientation des intervenants.

J’ai d’ailleurs qualifié de mots valises des mots comme la résilience, le développement social, la résistance, l’empowerment, l’approche globale, les saines habitudes de vie, l’autonomie… Je pense que ces mots sont mieux définis dans leur rôle en les pensant comme des concepts placebo définissant ainsi leur fonction normative. Un concept placébo est un concept qui fait du bien, qui répare les choses, qui corrige des perceptions, les améliore, sans toutefois avoir d’ingrédients actifs. Ce sont des mots qui ont un pouvoir émotionnel parce qu’ils donne l’illusion qu’ils sont dotés d’un pouvoir réel de comprendre les choses comme « l’approche globale » par exemple. On aura compris ici que ce ne sont pas les mots en soi qui font problème, mais l’absence de problématisation, c’est-à-dire d’une analyse en profondeur de l’articulation de leurs significations théoriques et empiriques. C’est le confort subjectif de l’illusion que procure l’effet placébo, car l’impression de penser le réel à l’aide du concept de globalité est créée par l’intensité de la croyance personnelle (potentiel addictif) en cette idée. C’est comme si une partie de notre identité personnelle s’y jouait, s’y réalisait, en était dépendante.

Michel Parazelli – Février 2012

 

Bibliographie de Michel Parazelli 

La rue attractive, parcours et pratiques identitaires des jeunes de la rue (Québec, Presses de l’université du Québec, 2002)

L’imaginaire urbain et les jeunes (Québec, Presses de l’université du Québec, 2004)

Soutenir l’affiliation sociale des jeunes de la rue par le dispositif Mendel. Une expérience de médiation collective In Letendre, Marchand, Adolescence et affiliation. Les risques de devenir soi, p. 175- 196 (Québec, Presses de l’université du Québec, 2010)

Les programmes positivistes de prévention précoce. Vers quel horizon politique ? In Collectif Pas de 0 de conduite, Les enfants au carré ? Une prévention qui ne tourne pas rond ! p. 65-91, (Toulouse, ERES, 2011)

Identité professionnelle dans l’institution et affiliation sociale en milieu ouvertIn Nouvelle Revue de Psychosociologie n° 12, pages 185 à 205 (Toulouse, ERES, 2011)

 

Participation au film Enfants, graines de délinquants ? De Marina Julienne et Christophe Muel (France 5 novembre 2008)

Quelques lectures proposées par Michel Parazelli pour aller plus loin :

La marginalité serait-elle normale ?

L’expérience de la prévention précoce au Quebec

Identité professionnelle dans l’institution et affiliation sociale en milieu ouvert

 


[1] Voir Michel Parazelli, La rue attractive, parcours et pratiques identitaires des jeunes de la rue (Québec, Presses de l’Université du Québec, 2002)

[2] Quand je parle d’espace public, je réfère aux espaces communs de la ville et non à l’espace public d’Habermas.

[3] Voir la mise en contrepoint de deux expériences dans un article de la Nouvelle Revue de Psychosociologie

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1 commentaire(s)

Riera

Le 19 février 2012 à 17 h 00 min - Répondre

Ouf ! heureusement que quelques chercheurs pensent et résistent au Québec; qui cherche dans les mêmes domaines en France ? des spécialistes de l’itinérance ?
Merci Pratiques Socialespour ce bel entretien,
Brigitte R

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