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Enfermement et isolement en psychiatrie : une image de Pinel ?

Pinel LPDC 67
Si la folie existait bien avant que l’institution psychiatrique voit le jour, on date l’acte de naissance de cette dernière à la fin du 18ème siècle lorsque le Dr Pinel ôta leurs chaînes aux aliénés (donnant lieu à un célèbre tableau). Paradoxe ou ironie de l’Histoire, le Dr Pinel, en contribuant à la naissance de l’asile, a certes ôté leurs chaines aux malades, mais les a remplacées par un traitement quasi carcéral dans l’institution asilaire qu’il a contribué à créer. Ambivalence inhérente à la psychiatrie que l’on retrouve aujourd’hui au sein des hôpitaux, écartelés entre leurs missions de soin et leur rôle de régulateur social, régis par des dispositions judiciaires.

Thierry Najman, dans son ouvrage Lieu d’asile[1], rappelle qu’un certain nombre de pratiques en matière d’isolement ou de fermeture des portes des services de psychiatrie sont contraires aux réglementations en vigueur en matière de droits et libertés des patients. L’ouvrage en interroge la pertinence clinique et tente de mettre en perspective, en les questionnant, les argumentaires classiques justifiant ces pratiques. Il pose ainsi la question : la sécurité des patients est-elle mieux assurée par la fermeture des portes des services de soins ou l’utilisation des chambres d’isolement ? Il postule qu’après une période d’environ 20 ans (années 70 à 90) durant laquelle la psychiatrie a connu une diminution des méthodes de soin ayant recours à l’isolement et à l’enfermement (bien que peu de données statistiques permettent de corroborer cette observation), nous assistons à un revirement de cette logique depuis une vingtaine d’années et particulièrement depuis le discours de Nicolas Sarkozy en 2008[2]. Ainsi les services appelés « ouverts », au sein desquels les patients peuvent circuler librement, représenteraient aujourd’hui moins de 10% de l’existant, la grande majorité d’entre eux fonctionnant avec les portes fermées à clef. Le recours aux chambres d’isolement serait par ailleurs en forte hausse, ainsi que l’utilisation de contention physique. Question centrale dans ce contexte : qui enferme-t-on ou isole-t-on quand on place un patient en chambre d’isolement ?

Des arguments explicites sont exprimés afin de justifier le recours aux chambres d’isolement (agitation majeure du patient incompatible avec la vie dans le groupe, potentielle dangerosité pour lui-même ou autrui), des présupposés thérapeutiques sont mis en avant (apaisement dû au caractère sécurisant d’un lieu contenant, vertu salvatrice de la dimension punitive) mais d’autres éléments d’explication ou d’analyse peuvent être pris en compte. Les murs de la chambre d’isolement permettent de circonscrire la folie (de l’autre !) dans un lieu ad hoc et bien clos. (R)assurant ainsi le soignant, le médecin de sa propre normalité, de sa conformité aux règles en vigueur. Isoler le « patient-dérangeant » peut parfois offrir la possibilité de ne pas avoir à penser les modalités de son accompagnement ni d’analyser ce qu’il y a de mortifère dans l’institution, d’aliénant dans certains comportements vis-à-vis des symptômes des malades. Cela permet de marquer un temps d’arrêt (imaginaire) dans la relation transférentielle qui unit toujours le patient et le soignant lorsque cela devient menaçant pour ce dernier.

La psychothérapie institutionnelle, en posant comme point de départ au traitement de la folie un traitement de l’institution, (notamment par le biais de « l’analyse institutionnelle ») a permis de théoriser le caractère partiellement pathogène de l’hôpital et de marginaliser les pratiques d’isolement au profit d’une participation active des patients à la vie quotidienne des hôpitaux. Le nouveau paradigme de la « santé mentale » et les idéaux sécuritaires qui l’accompagnent offrent une nouvelle voie d’expansion aux pratiques coercitives. Ces dernières étant indissociables des enjeux politiques et des postures idéologiques de ceux qui légifèrent sur la psychiatrie comme de ceux qui l’appliquent au quotidien, le recours à l’isolement n’est qu’un maillon d’une conception spécifique de la clinique telle qu’elle se conçoit dans la plupart des services aujourd’hui.

Si l’isolement peut s’avérer une option incontournable dans certains contextes bien précis, nous pouvons nous interroger sur ce qu’il permet, la plupart du temps, de ne pas avoir à supporter, ce qu’il autorise à ne pas regarder, ce qu’il encourage à ne pas penser.

Sébastien Bertho – janvier 2016

[1] Thierry Najman, Lieu d’asile. Manifeste pour une autre psychiatrie. Odile Jacob

[2] « [le] discours sécuritaire de Nicolas Sarkozy à l’hôpital Erasme en décembre 2008, aurait donné un coup d’accélérateur à l’accroissement de toutes les mesures d’enfermements » Ibid

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3 commentaire(s)

Serge

Le 10 avril 2016 à 10 h 23 min - Répondre

Article intéressant. Bises

Fancoid

Le 19 mai 2018 à 23 h 00 min - Répondre

En isolement depuis 12 jours pour déranger le service avec des loghorees, s occuper des autres….
Une injection de 6 ampoules d haldol lui a déclenché des effets extrapiramidaux intenses !
Depuis le 13 avril, mon Fils n arrive pas à se poser.
De nature tres stressée, ces longues journées d enfer ne vont rien arranger.
On n écouté pas la famille .on injecte….

L'équipe Pratiques Sociales

Le 22 mai 2018 à 21 h 19 min - Répondre

Témoignage pas forcément purement subjectif d’une situation qui se retrouve plus d’une fois en milieu hospitalier. Nous aborderons la question lors de la Rencontre organisée par le Réseau Pratiques Sociales le vendredi 22 juin, avec M. Bellahsen psychiatre, P. Souchon écrivain, S. Karsz, philosophe, sociologue.

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