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Douloureuse et saine interpellation des psychanalystes ?

Dans son article « Une difficulté de la psychanalyse » (1917), Freud évoquait les critiques et réticences à l’égard de sa théorie naissante. Il ne les attribuait pas à des problèmes de compréhension, mais à des raisons affectives : rejet de l’explication des névroses par la fonction accordée à la libido, rôle des pulsions, place allouée à la logique de l’inconscient. Affirmer que «le moi n’est pas maître en sa propre demeure » infligeait, selon Freud, une troisième blessure narcissique à l’humanité après celles provoquées par les révolutions copernicienne et darwinienne… Bien que très implantée en France et ailleurs depuis de nombreuses décennies, la psychanalyse connaît le retour permanent de vifs assauts à son encontre, sans compter les dissensions internes et les multiples querelles de courants et de chapelles qui traversent cette discipline. Rien d’étonnant car la psychanalyse n’est pas la Révélation, mais une problématique à prétention scientifique, comme toute autre perfectible et amendable. Aujourd’hui, un large front se déchaîne contre elle : projet de réglementation de l’exercice des psychothérapies [amendement Accoyer 2003] , rapport de l’Inserm énonçant la suprématie des TCC [2004], Livre noir de la psychanalyse dressant un bilan critique des thèses et des échecs de Freud [2005], dévaluation de l’œuvre freudienne réduite au statut d’une légende dorée [M. Onfray], et récemment le combat mené par des associations de parents d’enfants autistes relayé par la Haute Autorité de Santé visant à exclure la psychanalyse des traitements recommandés pour le traitement de l’autisme.

Ce dernier événement donne prise à des débats nombreux et particulièrement vifs [« Autisme, la guerre est déclarée », le Cercle Psy juin/juillet août 2012]. Peu enclins à prendre la parole eux-mêmes, les sujets autistes font parler. En effet, si l’autisme nomme le diagnostic de certaines modalités subjectives d’être au monde, il qualifie également une construction sociale surdéterminée par des enjeux économiques, politiques et idéologiques : des industries pharmaceutiques, des courants scientifiques, des politiques sociales sont mobilisés sur cette question. Des conceptions cliniques et des postures psycho-éducatives entretiennent des débats conflictuels et concurrentiels pour s’imposer auprès des familles et des malades, mais également auprès des soignants et de l’opinion publique. Erigé en 2012 « grande cause nationale » par l’Etat français, l’autisme s’impose comme question explicitement politique. Pour autant, sa définition reste particulièrement instable : psychose ? Trouble neurobiologique ? Spectre du trouble autistique ? Selon le DSM 5, à la place de troubles envahissants du développement ? Cet imbroglio encourage certaines positions radicales. Des associations de parents reprochent aux psychanalystes de culpabiliser les mères, de fournir des réponses imprécises, de mobiliser des interprétations utilisées pour des sujets névrosés (de type œdipien, attente de l’éveil du désir, etc.). Des psychanalystes dénoncent à leur tour ces critiques qu’ils jugent diffamatoires. Est en cause une lutte idéologique entre deux approches : cognitivo-comportementaliste d’un côté [à référence comportementale de type ABA ou développementale de type TEACH], psychanalytique de l’autre. Loin de tenir des positions toujours nuancées et argumentées, nombre de psychanalystes s’évertuent à diaboliser les méthodes comportementales et éducatives. Ainsi Agnès Aflalo, psychiatre/psychanalyste, déclare « Le modèle des TCC, c’est le chien de Pavlov, conditionné par un dressage à répondre aux ordres. D’où l’idée des TCC de faire pareil avec des humains… et en particulier avec les autistes, comme le fait la méthode ABA. Et aujourd’hui, ils veulent imposer ces méthodes à tous ! Les psychanalystes, quant à eux, ne proposent pas de dressage. Ils parient sur la dignité de l’humain. Ils partent de ce qui existe et inventent avec chaque patient la réponse qui lui convient, à lui et à lui seul… Le sur-mesure va contre l’approche prétendument scientifique que promeuvent les TCC… » [Lacan quotidien, bulletin numérique]. De même, on peut lire sous la plume de Jean Claude Maleval« la méthode ABA [Apllied Behavior Analysis] se borne à l’approche des comportements qu’elle s’emploie à nommer sans chercher à pénétrer leurs fonctions et sans se préoccuper de la vie affective » [« Ecouter les autistes », Navarin éditeur]. Nombreuses prises de parole vont dans ce sens, s’escrimant à une dénonciation catégorique des thèses adverses, alors qu’elles exaltent les vertus thérapeutiques de la psychanalyse : « contraindre ou écouter », renchérit Gérard Miller. S’il s’avère hautement défendable de soutenir l’orientation subversive de la pensée freudienne et lacanienne affirmant la clinique du singulier et situant le savoir du côté du sujet dit autiste et de ses inventions, aussi archaïques soient-elles, s’il paraît justifié de combattre certaines pratiques normatives qui se réclament de la science alors qu’il s’agit de scientisme…, il est en revanche peu efficient de discréditer toute pratique qui ne fait pas recours à la psychanalyse. D’autant que les psychanalystes n’ont ni le monopole du traitement de l’autisme, ni ne garantissent qu’ils pratiquent tous et toujours la psychanalyse. Rappelons à ce propos l’aphorisme lacanien : « la psychanalyse existe, pas les psychanalystes ». Il serait utile de discuter point par point les raisons objectives de leurs accusateurs. Y compris au-delà de l’autisme. Un certain conservatisme à l’égard des questions d’homoparentalité, de procréation assistée, de genre… s’est développé, sur des thèses à prétention omni-compréhensive comme le complexe d’Oedipe, le déclin paternel, le discours de la science….

Si la tentative d’expulser la psychanalyse du traitement de l’autisme est parfaitement intégriste voire délirante, en revanche il serait parfaitement utile que les psychanalystes fassent preuve d’autocritique sur les enjeux idéologique et politique de leurs interventions. A condition d’analyser les multiples raisons subjectives et objectives qui surdéterminent cette question de l’autisme, au-delà de toute culture de l’entre soi. Jadis, le marxisme ne fût pas épargné non plus : il n’a pas survécu à la révolution libérale mais il fût également affaibli à l’interne, par ses disciples, certains ayant largement contribué à sa momification et à son dépérissement. La psychanalyse, en particulier lacanienne, n’est pas à l’abri d’un tel repli « autistique » justement. Mais parions sur le discernement des psychanalystes : « cette haine à notre égard nous réveille de notre sommeil dogmatique » précise Jacques-Alain Miller… [Larègledujeu.org].

Jean-Jacques Bonhomme – Juin 2012

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