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De la laïcité aux laïcités

Laïcité : une catégorie aussi débattue qu’énigmatique

Le samedi 14 mars, en amont de l’Assemblée Générale 2015, s’est tenue à Paris une délibération publique organisée par Pratiques Sociales sur le thème « De la laïcité aux laïcités.

Spécialité française, le terme de laïcité prend ses racines dans le grec laïkos, peuple, et fait appel pour nous à un vocabulaire précis : sécularisme, pluralisme, liberté de culte et de conscience, neutralité, profane et sacré, séparation des pouvoirs. La laïcité mêle divers registres – le vivre-ensemble, l’éducation, la religion, les droits des femmes, l’immigration… – et intéresse nombre de disciplines. Des bornes historiques balisent son itinéraire et posent juridiquement le terme, de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen en 1789 jusqu’aux lois de 2004, en passant par celle du 9 décembre 1905 dite de séparation des Eglises et de l’Etat.

Objet de moult combats, ce terme n’est pour autant que très peu défini de façon rigoureuse et donne lieu à des joutes opposant défenseurs et pourfendeurs qui s’affrontent sans toujours savoir sur quels contenus ils se fondent, actualisant ainsi des questions anciennes non résolues. Cette indéfinition prête alors le flanc à des croyances ou, dans une version laïque, à des évidences.

Il a donc été proposé par les intervenants – Anne-Juliette Karsz, juriste, et Saül Karsz, philosophe – de déconstruire la notion de laïcité en évoquant les tensions qui la traversent. Deux points ont été épinglés. D’abord, la question de la séparation juridique des Eglises et de l’Etat, séparation jamais tout à fait consommée, donnant lieu à de multiples controverses et cristallisant des mutations de certaines modalités du vivre-ensemble [cf. « le mariage pour tous »]. Le second point est celui du principe de neutralité, stratégie de tolérance qui n’en reste pas moins partisane et qui peut aller jusqu’à des positions plus ou moins intégristes [cf. pour et contre le port du voile à l’école]. Deux tendances laïques fortes et contradictoires se font jour : celle qui, se dressant contre toute forme d’hégémonie religieuse, épouse les mêmes modalités d’action que son adversaire en allant jusqu’au dogmatisme (voir l’article du Monde du 13 janvier dernier signé par Rama Yade) ; une autre, adhérant à des idéaux progressistes, qui prend le paramètre clérical comme un symptôme avec lequel on n’est pas tenu de passer un compromis et qui s’attaque à ceux qui pensent détenir la vérité vraie de toute chose.

Sous un même signifiant, la laïcité fonctionne au pluriel – les laïcités – au centre de malentendus féroces. C’est à partir de ce constat que quelques perspectives ont été brossées. Les substantifs évoquant la laïcité, cités plus haut, sont habituellement pensés comme des blocs étanches. Ils mériteraient d’être considérés comme des constructions hybrides, soit des postures idéologiques à dominante, afin d’en dégager les tensions internes. Penser dialectiquement la laïcité, c’est ce que nous proposons à Pratiques Sociales. 

Claudine Hourcadet – mars 2015

 

 

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