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De la société civile et autres réjouissances

Dans son numéro de début juin dernier, L’Humanité des débats publie des extraits d’une table ronde à propos de l’appellation société civile. Document court et intéressant, comme celui de Libération du 17 mai qui va dans le même sens.

Deux versants principaux caractérisent cette appellation de plus en plus usitée, l’un officiel et auto-proclamé, l’autre effectif. Premier versant : elle s’oppose à société politique, société des hommes et des femmes politiques, Etat, appareils institutionnels. Même si, par le passé, elle a été un synonyme de l’une ou de l’autre de ces expressions. Aujourd’hui, société civile entend désigner la société réelle, hors considérations partisanes et idéologiques [sic], la société des gens concrets aux prises avec des problèmes concrets, en opposition à la société des hommes et femmes politiques traditionnels, de gauche et de droite, empêtrés dans des décadences certaines, pas toujours ragoûtantes. A ce titre, elle symbolise une volonté de renouveau. L’illustrent les députés du parti de l’actuel président français : ceux-ci compensent leur inexpérience des rouages institutionnels et politiques grâce à leur qualité essentielle de porte-parole attitré, supposé pragmatique et a-idéologique, de ladite société civile.

Renouveau sans doute nécessaire. Lourdeurs et ankyloses font aujourd’hui florès. Superflu cependant de remarquer que ce grief ne concerne ni toutes les institutions ni tous les politiques. Le renouveau peut se faire selon différentes directions, en vue d’objectifs bien hétérogènes. Il y a des renouveaux parfaitement régressifs et réactionnaires.

Deuxième versant : ladite société civile n’a rien d’un bloc indivis et sans failles. Ceux qui la composent ne se trouvent pas en état d’apesanteur politique et idéologique, nantis d’une sorte d’abstinence socio-historique. Si les gens réels sont bien aux prises avec des problèmes réels, ces problèmes ne se laissent pas déchiffrer sans lunettes, interprétations, orientations jamais neutres – sans prises de parti. De fait, les représentants attitrés de cette société civile appartiennent, pour la très grande majorité, aux classes moyennes et supérieures, diplômées, commerçantes ou industrielles aisées. Employés et ouvriers brillent par leur absence. Et Le Monde de remarquer que le langage des grandes écoles de commerce est devenu habituel à la Chambre des députés. Les rangs des élites de toujours s’en trouvent davantage étoffés. Autant dire que la société civile, loin de remplacer le supposé ancien régime, l’actualise en lui faisant franchir des obstacles qui semblaient insurmontables. A la droite décomplexée succède le néolibéralisme sans états d’âme, et même sans âme.

Société civile : formule superflue pour penser la société existante, idéale pour l’imaginer comme un tout sans clivages. Voilà un slogan pour agir sans trop se poser de questions, c’est-à-dire pour perpétuer l’état des choses. Ce n’est pas un concept pour réfléchir, argumenter et agir en conséquence. Cette formule fait allusion à un certain réel : accumulation des pouvoirs, prise en compte a minima des intérêts et besoins des classes populaires, consolidation d’un régime de démocratie approximative. Mais ce réel, elle ne permet nullement de l’analyser, bien que ses enjeux s’avèrent particulièrement consistants et visibles. Elle y fait allusion tout en faisant illusion sur la connaissance de ce réel qu’en fait elle s’emploie à escamoter. A la fois aporie et impasse : poudre de perlimpinpin.

Mais elle ne manque pas d’intérêt, en raison du défi qu’elle comporte. Celui d’obliger à définir hic et nunc ce que les vieilles et toujours actuelles notions de « droite » et de « gauche » veulent précisément dire. Non pas en termes de vœux plus ou moins pieux mais de pratiques effectives. Et si c’était là le renouveau à affronter ? Chantier immense, auquel s’adonner de toute urgence. Et pas seulement dans le champ politique et institutionnel.

Saül Karsz – Septembre 2017

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