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De l’Homo sacer aux charités romaines – du double usage du trébuchet

A propos de l’intervention de Christian Gallopin Aux XXIV° Journées d’Etude et Formation « Représentations de la vieillesse – vieillesse des représentions » (CIEP – mars 2019)

Le trébuchet, s’il est une redoutable machine de guerre du moyen âge, se décline aussi en instrument de joaillerie d’une rare précision et demande une grande dextérité pour peser les pierres précieuses. Il sert donc, soit à tuer, soit à évaluer le poids d’une gemme. Ce qui est ici en question est la valeur de la vie humaine.

Du côté de l’homo sacer, donc, des vies considérées comme sans valeur et qui peuvent en vertu d’un pouvoir souverain être éliminées ; de l’autre, des charités romaines : femmes donnant le sein à un vieillard, prisonnier, homme ou femme, à un ennemi potentiel, toujours pour faire alliance et peut-être pour sauver d’une mort décidée par la justice dans le cas des prisonniers ou par une organisation sociale dans le cas de vendettas ou des tribus ennemies.

Mais nous avons été prévenus : la contradiction coexiste dans une même société et en chacun d’entre nous.

Quand, confrontés à la grande vulnérabilité, nous nous sentons impuissants, quand la construction sociale de la « vieillesse » nous a fait incorporer l’inanité d’une vie qui semble ne rien produire, nous pouvons passer notre chemin et ignorer cette vie, voire lui administrer des soins avec une grande efficacité fonctionnelle – l’efficacité et le respect des règles étant dans la réalisation d’une prescription prise à la lettre : vous devez distribuer les plateaux repas, ainsi le plateau repas posé à la droite d’un monsieur hémiplégique du côté droit, aphasique, qui ne peut ni se nourrir ni réclamer. Maltraitance passive, impuissance massive qui exclut l’être au profit du faire.

Qu’est ce qui fait alors que, quelquefois, le même professionnel ira puiser dans ses ressources charnelles pour tenter de préserver la vie. C’est ce qu’illustrent ces charités romaines. Et peut-être le mot charité puise-t-il sa source dans la chair.

Les charités romaines sont des métaphores du don de soi, des allégories de l’adoption. Si on ne s’attache qu’au réel de cette iconographie, toutes ces charités représentent des femmes jeunes, ayant déjà enfanté, dans une splendeur et une plénitude charnelle d’une grande puissance érotique, le sein dénudé offert à un vieillard au corps entravé, décharné. Dans toutes les œuvres, les charités détournent le regard et affichent une expression neutre dont le plaisir et la satisfaction sont absents. S’agit-il d’une volonté ostentatoire de refuser l’érotisation de cette relation du côté de celle qui allaite et de conférer à ce geste un caractère purement fonctionnel : sauver la vie ? S’agit-il d’un acte politique – résistance au système qui a condamné ou allégeance à l’autorité en place…- ? Et si l’allaitante parvient à sublimer cet acte, il est probable que celui-ci participe cependant à la mobilisation des pulsions de vie de celui qui le reçoit.

Quant à celui qui observe ces images il peut être le siège de mouvements contraires. Il peut être choqué par une image qui évoque un acte « contre nature », la mère donne le sein à l’enfant ou l’amante partage son sein dans les ébats amoureux. Cet acte peut aussi mobiliser une émotion charitable liée au don de soi, à la volonté de faire le bien, voire de sauver une vie.

Cette activité est donc par nature une activité réservée aux femmes, mais elle suppose l’inversion d’une logique supposément naturelle : la fille nourrit sa mère, son père, offre son sein à l’ennemi potentiel de sa tribu pour en faire un allié, voire est contrainte dans certaines cultures par la violence de le lui laisser prendre pour que cette « filiation par le lait » lui assure la protection. Le don du sein suppose l’acceptation du corps à corps sans pour autant de corps – accord. Il exige d’être porté par une idéologie familiale, tribale ou sociale.

Quels liens donc entre les deux représentations exposées par Christian Gallopin et en lien avec les représentations de la vieillesse.

Homo sacer et charités romaines mettent en perspective deux modalités potentielles d’intervention sur ou avec les personnes en situation de vieillesse. Mais ces deux modalités séparées en apparence et dans cette présentation sont souvent imbriquées. Une certaine façon de réaliser des soins peut permettre et favoriser l’exercice d’un pouvoir souverain sur la vie nue.

L’allaitement épuise et demande une nourriture riche et variée qui, si elle fait défaut, fragilise l’allaitante. Vidée, pompée, vampirisée sont des expressions courantes dans le langage de ces professionnelles.

Monique Carlotti – Avril 2019 

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