pariuri sportive bet365bet365bet365 bonus la pariuri
Contributions des intervenants aux Journées d’Etude et de Formation 2016

Dossier du participant

Ci-dessous, les réponses des intervenants aux deux questions posées par Pratiques Sociales en amont des Journées, complétées de quelques éléments biographiques et des créneaux horaires de leurs interventions

 Saül Karsz, philosophe, sociologue, consultant. Président et responsable scientifique du Réseau Pratiques Sociales.

« Quelques balises pour aborder la question »  lundi 21 novembre matin

« Handicap et personnes en situation de normalité »  mardi 22 novembre matin

« Orientations éthiques et ponctuations cliniques »  mercredi 23 novembre après-midi

Nombre croissant des personnes déclarées en situation de handicap, qui revendiquent ce statut ou qui ne veulent pas en être affublées ; inflation certaine de l’appellation ; appareillages institutionnels, publics et privés, particulièrement actifs et agissants ; formations, colloques et publications de tous genres, professionnels et bénévoles, éducateurs, psychologues attachés à ce domaine d’intervention – bref, le handicap présente tous les signes de l’existant, plus contemporain que jamais.

Certes, mais qu’est-ce qui existe sous l’appellation « handicap » et ses multiples déclinaisons (physique, psychique, mental, sensoriel…) ? Quels en sont les contenus précis, les logiques implacables, les assourdissants interdits ? Une piste à explorer sera celle d’une perspective démocratique susceptible de délaisser la prise en charge au profit de la prise en compte. Perspective alléchante mais sûrement pas gratuite : elle implique d’interroger ce que les personnes dites en situation de handicap révèlent des sujets supposés en situation de normalité.

Au travers des trois interventions soumises à débat pendant et après ces Journées (lundi 21 matin, mardi 22 matin et mercredi 22 après-midi), je compte déployer des éléments théoriques et pratiques suffisamment rigoureux permettant de dessiner une problématisation du handicap – tout en tenant évidemment compte du déroulé de l’ensemble de ces XXII° Journées.

 

Henri-Jacques Stiker, directeur de  recherches (Anthropologie historique de l’infirmité) au laboratoire « Identités, cultures, territoires », Université Denis Diderot, Paris VII. Rédacteur en chef de la revue ALTER, European Journal of Disability Research, Revue européenne de recherche sur le handicap (Publiée par Elsevier-Masson). Accompagnement de plusieurs associations françaises dans leur recherche d’amélioration de l’insertion des personnes handicapées, notamment en montant des programmes (pour jeunes handicapés mentaux, pour adultes malades mentaux, pour handicapés moteurs).

« Histoires de la catégorie de handicap »  lundi 21 novembre matin

1/ Cerner  du mieux possible le handicap, afin de situer ce qu’est un véritable accompagnement des personnes, est un enjeu non seulement contemporain mais qui restera toujours contemporain ! Il y a tellement d’imprécision, de confusion, voire d’ignorance, sur ce qu’on a entendu par handicap, sur ce qu’on entend aujourd’hui par là qu’il est nécessaire de faire ce travail.

2/ Je développerai un propos historique sur le passage d’une notion d’infirmité, d’invalidité, à celle de handicap, ce mot ayant été adopté dans un contexte bien précis. Depuis les années 60, une évolution a eu lieu qui a redonné progressivement à la notion un sens problématique, de là les tentatives diverses (les Classifications de l’OMS, le mouvement des disability studies entre autres) pour donner une approche plus complète. Aujourd’hui de nouvelles perspectives me paraissent s’ouvrir à nouveau.

Discussion : « Politiques publiques, stratégies associatives, engagements militants » 

lundi 21 novembre après-midi

Christel Prado, mère d’une jeune femme polyhandicapée et autiste. Engagée au sein du Mouvement parental UNAPEI afin de lutter contre l’exclusion sociale que génère la naissance d’un enfant handicapé dans une famille, en mettant ses idées et compétences au service du collectif. Son engagement est une ambition, celle du changement de paradigme : ce n’est pas l’individu qui doit s’adapter mais le projet de société, fruit d’une réflexion collective et partagée, qui doit être résolument universel. C’est ainsi que les 55 000 familles adhérentes de l’UNAPEI et les 94 000 professionnels des associations affiliées militent tous pour un même objet : une société inclusive et solidaire.

1/ La problématique du handicap représente un enjeu contemporain parce que la notion de handicap est une représentation et une catégorisation sociale totalement construite. Elle a permis aux associations de défense des droits des personnes handicapées de créer un statut particulier pour générer ce que nous appellerions aujourd’hui de la discrimination positive.

A un moment où le système de protection sociale tel qu’il a été envisagé en 1945 doit évoluer pour mieux couvrir les risques de la société contemporaine, ce droit particulier, lié à une situation de handicap, s’élargit à d’autres publics dont l’exclusion a été générée, non par une déficience intrinsèque mais par une mauvaise prise en compte des caractéristiques socio-économiques de personnes non déficientes.

D’autre part, grâce aux accompagnements proposés dès le plus jeune âge aux personnes dont le handicap est cognitif, les proches et les professionnels ont été convaincus de la possibilité d’acquisition de nouvelles compétences tout au long de la vie. Le combat de la réadaptation est devenu inadapté. En enrichissant l’ensemble de la sphère sociale d’adaptations aux multiples singularités humaines, il devient évident que la notion de handicap est un statut enfermant, sclérosant. Il sera nécessaire, tant que notre société ne s’engagera pas à être inclusive et s’organisera pour que certains individus et groupe d’individus soient plus égaux que d’autres.

2/ Il est paradoxal de porter politiquement un discours inclusif quand l’ensemble des moyens sont presque exclusivement concentrés au sein des ARS à dominante sanitaire. Les « préfets » sanitaires voient comment leur action au service d’une société inclusive ?

Cette concentration en un seul domaine ne peut être que contrebalancé par les politiques promues par les collectivités locales : les mairies, berceau de la citoyenneté, et les conseils départementaux qui ne peuvent être que les meilleurs porteurs d’une société inclusive.

Comment, pour ces derniers, rendre les politiques publiques dynamiques quand les marges financières ne permettent plus réellement de faire des choix mais uniquement de mettre en œuvre des dispositifs « déconcentrés » ?

Les stratégies associatives doivent à nouveau reprendre une dominante politique. Les objectifs doivent être clairs, les alliances lisibles. Il est urgent de développer les projets avec les acteurs économiques plus qu’avec les acteurs institutionnels qui ne doivent être que substitutifs de l’initiative privée. Ce n’est pas pour autant que la solidarité nationale se privatise et se délite. Elle ne doit être là qu’en renforcement des synergies territoriales collectives.

Michel Laforcade, formation juridique, littéraire et en sciences politiques, diplômé de l’EHESP. A été directeur de DDASS dans plusieurs départements. Depuis le 1er avril 2010 il est Directeur Général d’ARS : en Limousin, en Aquitaine puis en ALPC.

1/ La problématique envisagée pour ces journées d’étude et de formation me semble relever d’enjeux très anciens (voire éternels) et donc parfaitement contemporains : qu’est-ce véritablement que le handicap ? Qui est handicapé ? Quelle dimension environnementale au handicap ? Le handicap est vraisemblablement une fiction… malheureusement bien réelle.

2/      Sur la seconde question, je développerai, en dialogue avec Madame Prado, les 3 questions posées avec à chaque fois un axe principal à la démonstration :

  1. Les politiques publiques : elles sont toujours porteuses d’idéologies dominantes qu’il est important de tenter de décoder pour se rapprocher le plus possible des besoins des personnes
  2. Les associations ne méritent ni assaut d’indignités ni vénération de principe : elles doivent simplement être regardées, au cas par cas, à travers leurs 3 dimensions principales : stratégique, démocratique, éthique
  3. L’engagement militant dans notre secteur demeure indispensable.

 

Sébastien Vallet, psychologue clinicien, diplômé de l’Université Catholique d’Angers en 2005. Expérience essentiellement dans le champ de la psychiatrie, pédopsychiatrie y compris. Travaille actuellement, depuis 2011, au Centre Hospitalier Georges Daumézon à Bouguenais (44), au sein d’un service de psychiatrie adulte (consultation au sein de CMP, mais également des Hôpitaux de jour et de l’unité d’hospitalisation). Membre des Forums du Champ Lacanien, et depuis peu enseignant au sein du Collège Clinique de Psychanalyse de l’Ouest qui dispense des enseignements liés à la psychanalyse lacanienne. 

« Vignette – lundi 21 novembre »  lundi 21 novembre matin

1/ La question du handicap est contemporaine. Nous la rencontrons quotidiennement dans nos consultations. Contemporain au sens d’être d’actualité. Les Maisons Départementales des Personnes Handicapées (MDPH) tapissent le territoire et ainsi, font exister la question du handicap sous toutes ses formes. Certains s’y reconnaissent et d’autres moins, et ils nous en font les témoins. Pour beaucoup, la reconnaissance administrative d’un handicap vient les arrimer, les identifier à une place qu’ils avaient du mal à trouver eux-mêmes. Pour autant, parfois nous pouvons nous questionner sur « l’automatisme » à vouloir faire d’un sujet un handicapé.

2/ En m’appuyant d’un exemple clinique, je vais essayer de déplier l’idée qu’un sujet peut « s’habiller » du signifiant « Handicap ». C’est un nouage possible pour un sujet, une réponse à la question du lien social qui peut faire énigme chez certains. Une réponse qui est particulière et nous verrons en quoi elle peut l’être.

 

Jean-Luc Letellier, éducateur spécialisé de formation initiale. A occupé jusqu’en juin 2012 (date de création du CRéDAVIS) le poste de directeur de la formation continue (membre du comité de direction) de BUC Ressources (78).

« Sexualités et handicap »  lundi 21 novembre soirée

Penser en termes de catégorie, dont le sens étymologique (du grec katigoria) veut dire « accusation », a toujours pour conséquence un rejet et une volonté d’exclusion ou de domination.  Si l’on a la chance de compter parmi ses amis[1] ou dans sa famille une personne handicapée du fait d’une déficience innée ou acquise ou du fait d’une situation, qu’elle soit physique, sociale, psychologique ou économique, on est dépositaire d’un sentiment universellement partagé par toutes ces personnes, et ce quelles que soient leurs situations sus-évoquées, de n’être regardées, reconnues, vues qu’à partir de leur vulnérabilité ou handicap.

Regarder une personne handicapée c’est regarder, d’abord et avant tout, une personne « inférieure » », déficiente », quelqu’un à qui quelque chose manque ! L’organisation sociale actuelle, en France, qui consacre beaucoup de moyens financiers et humains à protéger les plus faibles peut être vue comme un néo-colonialisme social. C’est bien parce qu’il leur manque quelque chose que nous « plaçons» dans des structures dites médico-sociales tous ceux que l’on peut ranger dans la catégorie des « déficients » et non content de les mettre à part nous le faisons en les rangeant par sous-catégorie (les autistes avec les autistes, les malades mentaux avec les malades mentaux, les déficients mentaux avec les déficients mentaux, les sourds avec les sourds…). Nous les soustrayons ainsi au regard des « vrais humains » pour éviter que leur vue ne vienne mettre en question ce que nous pensons être ce que nous sommes. Ce faisant, fiers de consacrer un budget et des moyens importants à leur « protection » nous nous vivons comme des êtres généreux et civilisés alors que nous ne faisons réellement que payer le prix de notre appartenance à la classe supérieure (et le prix de notre tranquillité de surcroit).

En fait, le premier pas vers un enrichissement de notre condition humaine par la présence effective et active des personnes habituellement mises en marge passe par la reconnaissance pour chacun et en lui-même de sa propre vulnérabilité. C’est parce que je « sais » mais « refuse de savoir » que je suis moi aussi vulnérable que j’exclus ceux qui pourraient me le rappeler. Encore que, l’exprimer de cette façon ou le clamer ne sert strictement à rien car toute notre formation depuis l’enfance s’est faite dans des structures de pouvoir (famille, état, armée, école, église, club de sport, conservatoire de musique etc…) qui glorifient la performance, qui construisent l’idée d’une élite, qui classent (à l’école, on est dans une classe) les êtres humains en catégories, du plus fort au plus faible, ce dernier étant rejeté dès qu’il passe en dessous de la barre.

Discriminer, voilà le fonctionnement psychologique et social le plus évident et je crois que notre conformité cérébrale ainsi que tous les renforcements culturels et sociaux font de cette activité une seconde « nature/culture ». Discriminer ayant, rappelons-le, toujours pour objectif de conforter les dominants dans leur statut.

Les bien-portants confient à des professionnels le soin « d’éduquer » les personnes porteuses de déficiences, ce que ces professionnels font naïvement et pour lequel ils échouent largement non du fait de leur mauvaise volonté ou de leur incompétence mais d’une organisation sociale structurellement faite pour maintenir les personnes déficientes en état de dépendance, hors du corps social.

Pour le CRéDAVIS, la prise en compte de la vie amoureuse et sexuelle des personnes dans les établissements médicosociaux apparaît comme le point d’entrée le plus pertinent concernant la question de l’inclusion réelle et effective des bénéficiaires du système médicosocial.

 

 Jean-Yves Barreyre, entre 1982 et 2016 : éducateur spécialisé, directeur d’une maison de quartier et de clubs de prévention spécialisée, enseignant de sociologie à l’Ecole Supérieure de Travail Social à Paris, directeur d’ISIS-CREAI d’Ile-de-France et du CEDIAS (jusqu’en novembre 2016). Depuis 2007, chercheur associé du Laboratoire Interdisciplinaire pour la Sociologie Economique (LISE), UMR CNRS – CNAM. Membre de nombreux Conseils Scientifiques.

« Classification Internationale des Handicaps : enjeux et impasses » mardi 22 novembre matin

1/ Les polémiques autour de la notion de handicap, outre qu’elles sont liées à une traduction française maladroite, tendent aujourd’hui à s’estomper hormis pour quelques combattants d’un autre siècle. Reste deux questions qui posent problème encore dans la co-construction des réponses aux situations de handicap : d’une part le choix entre une approche fonctionnaliste (CIF) ou développementale (PPH) et d’autre part le choix entre une approche Rawlsienne (partir d’un panier de biens essentiels et organiser les accessibilités) ou une approche Senienne (partir des situations d’injustice pour repenser le contrat social)

2/  Nous nous appuierons sur la mise en œuvre actuelle de la CIF dans la co-construction des réponses en France à partir des chantiers en cours : les sites pionniers d' »une réponse accompagnée pour tous » et la question du référentiel du dossier personnel ; les bases méthodologiques de la réforme de la tarification ; les principes méthodologiques d’un diagnostic territorial partagé ; les formes instituées du pouvoir d’agir ; l’approche des comportements problèmes (ANESM, 2016)

 

Valérie Paparelle, directrice générale de « La Nouvelle Forge », Picardie

et Alberto Serrano, directeur régional Île-de-France de la Croix-Rouge française

 « Situation de handicap : complexités de l’insertion / inclusion »  mardi 22 novembre après-midi

À partir de 1975, les dispositifs législatifs et réglementaires, et partants les définitions des établissements et services médico-sociaux dédiés aux personnes avec handicap, se sont consacrés à la question de l’exclusion du milieu dit « ordinaire » de travail. Les Maisons Départementales des Personnes Handicapées, créées par la loi de 2005, ont repris les Commissions Départementales d’Education Spéciale (CDES) et les Commissions Techniques d’Orientation et de Reclassement Professionnel : les fameuses COTOREP.

Ce dispositif affirmant ses magnifiques intentions, avec la fameuse RQTH « Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé », n’a-t-il pas créé son sujet ? Avec la fin de l’emploi de masse dans les grandes usines industrielles, les mines et la sidérurgie, dès le début des « dégraissages » des effectifs des entreprises, jusqu’à quel point la « Qualité de travailleur handicapé » crée-t-elle une identité nouvelle née de l’impossibilité de l’industrie de garder tous les travailleurs ?

« Insertion/inclusion des personnes avec handicap » : c’est-à-dire droit effectif à l’enseignement, la culture et l’éducation, au logement, à l’emploi et à un revenu, aux soins, aux relations sociales et même au sexe et à l’amour sont désormais revendiqués. En aborder la complexité requiert d’interroger aujourd’hui et pour demain la pertinence de dispositifs définis il y a 40 ans en même temps qu’était défini le « handicap », tels qu’ils sont aujourd’hui.

 

Hugo Dupont, maitre de conférences en sociologie à l’université de Poitiers. Enseignant à l’Ecole supérieure du professorat et de l’éducation (Espe) de l’académie de Poitiers et est membre du Groupe de recherches sociologiques sur les sociétés contemporaines (Gresco-EA3815).

 « Ni fou ni gogol – à propos d’orientation en ITEP »   mardi 22 novembre après-midi

Si, comme le laisse entendre le vocable désormais admis et répandu de « situation de handicap », c’est l’environnement qui est inadapté à l’individu reconnu handicapé et non l’inverse, alors l’ergonomisation du monde, pour le dire comme Alain Blanc, et la compensation, non pas d’une situation de handicap, mais alors d’une injustice propre à une situation individuelle de désavantage social, devraient être les seuls horizons envisagés. Dans ce cadre, l’objectif de toutes politiques publiques et de toutes lois qui concernent le handicap ne devrait-il pas être la disparition, le bannissement du dit handicap de nos sociétés ?

Cet objectif prenant corps dans certains textes internationaux et à travers des concepts comme celui d’inclusion, reste, à bien des égards, une fiction dans les représentations et les pratiques quotidiennes. Au contraire, nous continuons de faire du handicap une catégorie administrative qui désigne ceux à qui notre société, et à travers elle nos représentations, n’accordent pas, de fait, la possibilité d’être des concitoyens comme les autres. Au contraire, nous continuons à donner sens à des nosographies qui permettent aux personnes ainsi désignées par un processus censé garantir l’objectivité de l’évaluation de leur situation personnelle, d’accéder à des droits particuliers qui leurs sont réservés, transformant des privilèges (des droits particuliers, réservés à une partie définie de la population) en compensation. Au contraire, nous continuons à leur dédier des lieux, des places particulières réservés et éloignés du monde commun. Au contraire, nous continuons à les laisser sur le seuil de notre monde, dans une position de liminalité indépassable, ni tout à fait dehors, ni tout à fait dedans. Nous ne savons pas faire autrement. Que l’on travaille pour ou avec eux, nous ne savons pas faire autrement.

Cependant cette question de savoir si le travail social et médico-social s’effectue sur l’individu handicapé (« travail sur autrui » de François Dubet) ou avec lui (« travail sur autrui » d’Isabelle Astier) me semble être malgré tout une question fondamentale. Quelle est la place de la personne handicapée dans le réseau de professionnels. Est-elle soumise au savoir théorique et expérientiel des professionnels ou peut-elle en être actrice ? L’accès aux ressources, compétences et opportunités mises à la disposition des personnes accompagnées par des dispositifs quels qu’ils soient est-il « conditionné par l’acceptation de se conformer aux injonctions de l’institution pourvoyeuse de prestations » (Bonvin et Rosenstein, 2015, p. 29) ? Ou au contraire peuvent-elles « s’inscrire dans les cadres sociaux auxquels elles adhèrent légitimement, […en étant] en mesure d’exprimer leurs désirs et de négocier, contester, voire co-construire ces cadres [… ou en étant] en mesure de les refuser ou de s’y soustraire à un coût supportable » (Bonvin et Rosenstein, 2015, pp. 44 et 45) ? Sont-elles parties prenantes du modus operandi des dispositifs au même titre que les professionnels qui les accompagnent ?

Mais, précisément parce que l’accompagnement devient de plus en plus individualisé, adapté à la situation sociale et non plus seulement médicale de la personne, doit-on continuer à considérer la situation de la personne handicapée différemment de celle de la personne en difficulté sociale en lui réservant des droits et des dispositifs particuliers ? N’est-elle pas, plus simplement, victime d’une injustice sociale qui la met en situation de handicap comme le sont les chômeurs de longue durée qui eux aussi sont privés d’une participation pleine et entière à la société ? La différence qui est faite aujourd’hui est-elle pertinente et doit-elle persister ? Cela nécessiterait que l’on ne considère plus le handicap comme un désavantage dû à une atteinte corporelle ou psychique s’inscrivant dans une fatalité, dans un manque de chance, mais comme une injustice sociale qui n’a d’autres causes que les concepts organisateurs de notre société dont certains persistent depuis le moyen-âge (pur/impur, normalité/anormalité, normal/pathologique).

Voilà les enjeux que me semblent soulever la question de savoir ce que veut dire « handicap » dans nos sociétés contemporaines. Ma réflexion prend racine dans l’étude que j’ai faite et dont je vais discuter avec vous certains résultats au sujet d’enfants, d’adolescents et de jeunes adultes orientés en institution spécialisé (l’Itep) et pour qui la question de savoir s’ils sont « handicapés » se pose à la fois d’un point de vue conceptuel et d’un point de vue pratique, que ce soit par les professionnels, par les parents ou par les jeunes eux-mêmes. Sont-ils handicapés ? De quel handicap parle-t-on ? Quelles implications sociales provoque leur reconnaissance en tant que personnes handicapées ? Quel usage social est fait de cette reconnaissance ?

 

Kristell Bouaziz,  chef de service éducatif et Marga Mendelenko, psychologue psychanalyste

« Croisements de pratiques en IME »  mardi 22 novembre soirée

1/ Depuis une vingtaine d’années, la notion de handicap ne cesse de s’étendre à toutes sortes de domaines. Ainsi, les enfants aux prises avec des problèmes scolaires, cognitifs, langagiers ou graphiques doivent passer à partir de 2005 par la MDPH pour recevoir une aide, ce qui entraine l’étiquette de jeune handicapé. Evitons cependant d’amalgamer le statut administratif, le droit à compensation et par ailleurs les potentialités de chaque enfant, ses ressources propres. Un enjeu du handicap est celui de la place qui est faite aux personnes dites en situation de handicap –alors que les notions d’inclusion et de citoyenneté sont bien plus développées… Est-ce un leurre, une utopie, un objectif à atteindre, un objectif atteignable ?

2/ Nous essayerons de montrer que la structure dans laquelle nous travaillons et qui nous travaille est un espace-ressource pour des jeunes en situation de handicap afin qu’ils se construisent.

Chaque jeune est accueilli et accompagné par rapport à un projet personnalisé en lien avec ses difficultés, ses capacités et potentialités. Parfois, ne pas participer à une activité, s’isoler ou être dans un petit groupe sans aucune activité précise avec les autres peut aider l’enfant à sortir de l’isolement ou du mutisme.

La possibilité de trouver des espaces de création et de jeux – musique, beaux-arts, théâtre, sports – peut être aussi importante qu’une activité préprofessionnelle.

Posant l’hétérogénéité comme une richesse, nos pratiques se sont développées en conséquence : des jeunes performants, jeunes plus ou moins déficients, ou encore autistes de différents niveaux se côtoient et s’accompagnent en partageant leurs savoirs. Sans théorie ni pratiques privilégiées, mais avec une ouverture sur des concepts et des valeurs variés susceptibles de servir la cause du jeune : comportementaliste, psychanalytique, éducatives, pédagogiques… – toujours en lien avec la singularité de chacun des usagers.

L’orientation institutionnelle permet de prendre le temps d’interroger nos pratiques, de les mettre en débat et de proposer des solutions parfois novatrices. Des regards croisés en équipe pluridisciplinaire nous amènent à nous laisser enseigner par la différence. Enfin, les formations nous font faire un pas de côté pour nos positionner autrement.

 

Isabelle Grosse, infirmière en psychiatrie, musicothérapeute, chef de service parentalité à l’association Marguerite Sinclair à Mulhouse.

« Accompagner les parents en situation de handicap mental ou psychique »  mercredi 23 novembre matin

1/ La notion de parentalité est de plus en plus présente dans les institutions mais également dans le cadre des politiques sociales.

Les lois 2002-2005 redéfinissent les droits et libertés individuels des usagers « droit à la dignité, à l’intégrité, à la vie privée, à l’intimité et à la sécurité ». Cette reconnaissance sociale confère aux personnes en situation de handicap leur pleine citoyenneté et nécessite la mise en œuvre d’espace d’expression, d’accompagnement et la prise en compte de leur préoccupation dont celles liées à la sexualité et à la parentalité.

La parentalité est un processus dynamique du « devenir parent », c’est un phénomène évolutif nécessitant des réaménagements à chaque étape du développement de l’enfant mais aussi en fonction des problématiques familiales, sociales, financières où la question du handicap risque d’influencer l’exercice de la parentalité.

Au cours de ces années, nous avons observé des besoins croissants d’accompagnement des familles mais également des professionnels qui demandent un éclairage sur la question du handicap et de la parentalité, sujet qui  n’est pas neutre, qui suscite questionnements et réflexions. Cela nous renvoie également à une certaine idée de la société et de la place que l’on réserve à nos concitoyens en situation de handicap.

Afin de répondre aux besoins spécifiques des parents en situation de handicap mental et/ou psychique, une plateforme  ressource « Parentalité et handicap » a été créée au sein de notre S.A.V.S. (Service d’Accompagnement à la Vie Sociale). Cette plateforme est composée d’un L.A.E.P. (Lieu d’Accueil Enfants Parents) qui s’adresse à des parents, futurs parents ayant des enfants de 0 à 6 ans lors d’un accueil collectif, et d’un S.A.S.P 68 (Service d’Accompagnement et de Soutien à la Parentalité) ayant pour mission d’accompagner tous les professionnels du Département sous forme d’appui technique ou formation mais aussi d’accompagner individuellement des parents en situation de handicap (tout type de handicap) ayant des enfants de 0 à 18 ans.

2/  Quel accompagnement proposer pour les parents ou futurs parents en situation de handicap ? Je propose de vous présenter les dispositifs innovants du Lieu d’Accueil Parents-Enfants et du Service d’Accompagnement et Soutien à la Parentalité que nous avons mis en place afin de répondre aux besoins des familles mais aussi des professionnels sur cette question de la parentalité des personnes en situation de handicap.

Notre principal objectif est de permettre à chaque personne d’être « reconnue » comme un «  être de droit », une personne à part entière, de l’amener vers un maximum d’autonomie afin qu’elle puisse être actrice de sa vie et faire ses propres choix dans une attitude responsable.

Notre plateforme ressource quant à elle est destinée aux professionnels de notre département qui vient en appui afin de les sensibiliser, les former, les aider à s’approprier un cadre, des concepts et des outils pour prendre en compte la singularité des situations. Elle permet aux services de s’ouvrir à la question de la parentalité, d’enrichir leurs approches et leurs pratiques professionnelles. Cette démarche évite de multiplier l’ouverture de services spécifiques et favorise la transmission de compétences aux équipes dites de « droits communs ».

La plateforme ressource permet aux professionnels de sortir d’un accompagnement parfois stigmatisant pour aller vers un accompagnement tenant compte des droits des parents mais aussi des enfants.

 

Olivier R. Grim, psychomotricien de formation, spécialiste de l’action médico-psycho-sociale précoce. Il partage, au travers de formations, d’ateliers, de conférences et d’articles, le fruit de ses recherches et de son expérience. Diplômé de l’Ecole des hautes études en sciences sociales, doctorant en Anthropologie sociale et Psychanalyse.

« De la situation de handicap à la relégation – pour une résistance intelligente » mercredi 23 novembre matin

 1/ La situation de handicap est un très bon outil d’analyse des profondeurs sociales : “dis-moi comment tu traites tes handicapés et je te dirai quelle société tu es”. Et en ces temps néolibéraux la question est cruciale.
2/  Le point de vue que je vais proposer sur la question du handicap est une mise en perspective, une contextualisation sur 4 plans : technique, théorique, idéologique et mythologique, c’est à dire un éclairage à 4 vitesses de la “matrice”, du “système” ce que ne font jamais (ou très rarement) pour des raisons diverses et variées les acteurs du secteur concerné. Donc un vrai “pas de côté”.

 [1] Alors qu’un sixième de la population est en situation de handicap, qui a parmi ses amis une personne dans cette situation ? Voilà un effet immédiat de la discrimination et de l’invisibilité des personnes.

Partager:

Aucun commentaire

Laisser un commentaire