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Compte-rendu XX° Journées d’Etude et de Formation du Réseau Pratiques Sociales – CIEP – 17- 18 – 19 novembre 2014

Troisième journée : « Accompagner des parents ou soutenir la fonction parentale ? »

3ème article d’une série de trois. Vous pourrez lire le 1er et le deuxième parus en décembre 2014 et janvier 2015,  dans Rubriques et en choisissant la catégorie Journées d’Etude dans la marge de droite. Propos synthétiques non revus par les intervenants.

3ième journée JEF 2014

S. MissonnierFrédéric Jésu, pédopsychiatre, médecin de santé public et consultant en politique publique. Mot d’ordre : considérer parents et enfants comme experts de leur territoire de vie. Pour lui, la problématique de la parentalité, d’abord empathique et bienveillante à l’égard des familles, s’est progressivement transformée en une politique publique de plus en plus individualisante et psychologisante, en manière de contrôle psychosocial normatif ciblant les familles pauvres, migrantes et/ou en difficulté. Ces parents sont interpellés pour contribuer, au sein de leur sphère privée,  à la résolution de problèmes complexes et surdéterminés [obésité, absentéisme scolaire, délinquance juvénile, consommation de produits psychotropes…], là où les politiques publiques échouent, en partie du fait de leur cloisonnement. Le soutien à la parentalité tend surtout à encourager des pratiques professionnelles plus normatives qu’aidantes, plus culpabilisantes que solidarisantes.  A la place de la notion de parentalité, F. Jésu promeut celle de condition parentale (référence à la condition ouvrière, la condition féminine). Notion porteuse de progrès, d’égalité sociale et de frein à la psychologisation car la prise en compte des questions objectives [logement, travail, horaires de travail, transport en commun…] détermine les conditions de devenir, d’être et de faire le parent, ainsi que les manières dont s’établissent, se maintiennent, se développent les relations parents-enfants. La logique soutenue par son travail est la coéducation, soit la collaboration d’élus locaux, professionnels, associations, habitants à une politique publique de proximité.

Photo MMKMarga Mendelenko, psychologue clinicienne, psychanalyste, a essayé d’approcher la problématique de la parentalité telle que celle-ci se présente à un psychanalyste en institution. Pour cela, elle s’est appuyée  sur une situation rencontrée lors de ses consultations en CMPP : le conflit entre une mère et sa fille au sein d’une famille dite recomposée. Très rapidement, le travail thérapeutique identifie des déplacements du symptôme et des jeux d’alliances conscients et inconscients entre les membres de la constellation familiale. Dans le traitement de cette situation, un travail avec différents membres de la famille s’est imposé, réunissant selon des séquences progressives l’ensemble des  enfants et des parents. Un travail en groupe avec la jeune fille et d’autres adolescentes de son âge a également été conduit par la psychanalyste. L’auditoire des Journées a ainsi suivi le cheminement du travail analytique, soit le  repérage des différentes fonctions du symptôme : fonctions d’appel, puisqu’il provoque la demande en consultation de la mère, fonction écran car le conflit apparent masque un autre conflit – entre la mère et son nouveau conjoint ; enfin, fonction de dévoilement car apparaissent au second plan d’autres couples très actifs dans cette problématique [nouveau et ex conjoints, entre parents et enfants, entre parents et grands-parents]. Se référant aux orientations de Freud et Lacan, M. Mendelenko tente d’inventer des dispositifs cliniques répondant à ces problématiques singulières. Parce que le symptôme de chaque sujet s’articule à une histoire sociale et familiale, réelle et imaginaire, inconsciente et idéologique, le « travail à plusieurs » peut aider chacun des enfants et des parents à saisir comment il se positionne face aux autres éléments de la famille et à repérer les identifications, difficultés et jouissances au sein desquelles le sujet construit sa propre fiction.

Photo MugnierPour sa part,  Jean-Paul Mugnier, thérapeute, directeur de l’Institut d’Etudes Systémiques de Paris, a présenté quelques aspects de son travail de consultation auprès des parents qui veulent faire une thérapie et également des familles adressées par les dispositifs judiciaires de la Protection de l’enfance. De ces expériences singulières, il isole des caractéristiques transversales à toute famille. L’amour, passion installée au cœur des conjugalités contemporaines, fait du couple l’espace privé où se régulent les besoins affectifs et les émotions. Dans le cas des personnes confrontées à des psycho-traumatismes infantiles, le couple représente l’espoir d’apaiser ces souffrances et de combler le manque de reconnaissance qui a tant fait défaut dans l’histoire d’un ou des deux parents. Le couple pourrait donc avoir une fonction thérapeutique – parfois efficiente, quoique rarement observé chez les parents qui se présentent à l’Institut. Pour autant, l’échec de la fonction thérapeutique du couple n’induit pas la séparation des conjoints, et souvent, la naissance d’un enfant va être une tentative substitutive de comblement des besoins affectifs. L’enfant devient alors le partenaire émotionnel d’un parent, parce qu’il souffre d’une insatisfaction dans la relation avec son/ses parent(s) ou parce qu’il observe une détresse psychique chez l’un ou l’autre. En présentant deux situations cliniques,  J-P. Mugnier a insisté sur l’attachement comme condition essentielle pour reconstruire le lien triadique père-mère-enfant. Il s’agit, précise-t-il, de considérer l’attachement comme une promesse d’un parent envers son enfant : « quoi qu’il arrive, tu dois pouvoir compter sur moi ! » Dans le cas des familles maltraitantes, il y a inversion de cette promesse : « quoi qu’il arrive, je dois pouvoir compter sur toi pour me reconnaitre comme bon parent ».  Un des objectifs thérapeutiques va donc consister à aider l’enfant à se dégager de cette position de partenaire émotionnel tout en étant attentif à la souffrance des parents qui a conduit à leur faire méconnaitre les besoins évolutifs de leur enfant.

Les trois exposés de ce Forum, ont permis d’identifier quelques points de convergences et de divergences raisonnées. Deux sont repris ici :

1] Dans son intervention, M. Mendelenko a rappelé un principe éthique freudien « les sujets possèdent le savoir sur leur traumatisme et sur leur vérité, mais ne savent pas qu’il le possèdent. Ce savoir insu fait du psychanalyste un passeur  grâce à la fonction du transfert. Celui-ci n’est pas l’amour porté sur l’analyste mais sur le savoir dont les analysants peuvent se saisir ». Ce à quoi rétorque F. Jésu « c’est le pari que je fais avec les élus municipaux. Je leur dis mettez les familles, parents et enfants en situation de découvrir qu’ils savent plus de choses que ce qu’ils pensent savoir. S’il y a du sujet supposé savoir, il faut qu’il se manifeste à une autre place que celle de la décision univoque du pouvoir absolu ». Dans cet esprit, F Jésu célèbre certains dispositifs comme les conseils de famille ou conseils des enfants, archétypes selon lui de nouvelles formes de démocratie familiale. Exemples à soutenir bien sûr, à condition toutefois d’interroger ce que démocratie veut dire, et surtout d’examiner le fonctionnement idéologique et politique des dits conseils. Précaution nécessaire afin d’éviter de fantasmer une divine innocence des familles.

2] Les théories de l’attachement décrivent des processus de régulation des émotions, une co-construction triadique père/mère/enfant, avance J-P. Mugnier. Signalons cependant qu’en lien avec ces théories, nombre de discours plus ou moins conservateurs et réactionnaires se développent : rapport de l’Inserm sur les troubles de la conduite chez le jeune enfant [2005], pétition orchestrée par Maurice Berger et autres pédopsychiatres [« Danger législatif : résidence alternée imposée à tout âge » 2014]. On notera également que le couple attachement/promesse décliné par J-P. Mugnier ne fait nullement mention de la question de l’hainamoration [Lacan] comme si l’attachement ne comportait qu’un seul registre : celui de l’amour.

3] Ce Forum a mêlé des interventions dites cliniques [M. Mendelenko, J-P. Mugnier] et un propos qui se veut « éthico-politique » [F. Jésu]. Cet assemblage, qui n’est surtout pas un mélange des genres, vient rappeler que toute intervention clinique mobilise, y compris à l’insu des cliniciens, des postures éthiques et politiques. En ce sens, ce forum a bien ouvert des pistes  à la fois théoriques et pratiques – à explorer.

La ponctuation finale de ces Journées d’Etude est revenue à Saül Karsz

Photo SKClinique transdisciplinaire des interventions auprès des familles, des parents, des enfants

Remarques introductives : 1] La parentalité désigne, dans son sens général, les rapports parents/enfants. Elle rappelle que les enfants sont une des conditions pour qu’il y ait famille : parents et famille ne sont pas des synonymes interchangeables. Pas d’enfants = pas de familles, mais ménage, couple, etc. 2] Les questions de parentalité concernent les réglages affectifs et idéologiques au sein des réseaux parentaux et filiaux. La parentalité n’est donc pas qu’une affaire privée. 3] La catégorie de parentalité marque la différence entre couple parental et couple conjugal, la survie d’un des termes malgré ou grâce à l’effilochement de l’autre. 4] La parentalité est constituée de tendances contradictoires et inséparables : tendance moraliste (être-parent), tendance progressiste (faire-le-parent).

Deux moralités : 1] La parentalité n’est pas qu’une affaire de famille : des affaires d’ordre public et de reproduction sociale sont traitées dans la privacité des foyers. Raison majeure de l’invention contemporaine de cette catégorie. 2] Catégorie transversale, elle ne peut pas se définir avec une seule discipline, ni même par leur articulation. Raison épistémologique de son indéfinition, habituelle dans les sciences sociales et humaines. Pour la définir aussi rigoureusement que possible, il faut lui reconnaitre son statut d’idéologie matérielle, d’idéologie en acte – ceci impliquant de se réconcilier avec ce concept de mauvaise renommée – mais incontournable. Notion éminemment complexe car à son tour l’idéologie ne peut se penser sans l’inconscient, et vice-versa. « L’idéologie et l’inconscient font nœud » dit-on à Pratiques Sociales.

Clinique transdisciplinaire de l’intervention sociale et médico-sociale

Intervenir = prendre parti, l’intervenant étant toujours impliqué – de fait, jamais neutre, toujours (in)consciemment désirant, porteur de préjugés et d’ouvertures, de valeurs et de normes… C’est pourquoi il convient de penser ce rapport dialectique : impossible neutralité psychique et idéologique des intervenants/ indispensable objectivité des diagnostics et des stratégies d’intervention. Une tension sépare ces deux catégories « neutralité – objectivité » : on ne saurait demander aux intervenants d’être neutres mais il faut exiger des diagnostics aussi objectifs que possible : la non-neutralité mobilise des affects, sentiments, identifications, l’objectivité implique des savoirs, orientations, dispositifs à interroger, déconstruire, étayer. Il s’agit d’un processus avec des avancées, retours en arrière, stagnations car l’objectivité est conquise, partiale et partielle, jamais achevée. Ne pas choisir entre neutralité ou objectivité mais travailler sur les modalités concrètes de non- neutralité et d’objectivité ensemble.

Intervention : investissement non mécanique [actes, écoute, discours, décisions, aveuglements…] d’une ou plusieurs postures théoriques et idéologiques – y compris à l’insu du praticien. Pas question alors de parvenir à lier théorie et pratique mais de montrer comment et pourquoi elles le sont toujours déjà.

Catégories cliniques et posture éthique. Enfants, familles, parents sont-ils englués dans des difficultés et des dysfonctionnements ± graves et/ou présentent-ils des caractéristiques  et des stratégies ± singulières ? Ce sont des familles qui vont mal et/ou aussi certains de nos schémas à reconsidérer ?

Dans un cas on prétend enlever à autrui ses symptômes sans prendre en compte leur rôle de parade, voire de solution de compromis ; dans l’autre cas, on respecte les manières dont cet usager tente de négocier ses problématiques. Soit on essaie de le sauver, soit on tente d’accompagner un ou des sujets, jamais réductibles aux catégories et diagnostics avec lesquels ils sont appréhendés. Il convient donc de se mettre en situation d’apprendre des savoirs et savoir-faire des usagers, jamais complètement démunis.

 « Cas-situations », faire pour/faire avec ; surtout enseigner/aussi apprendre, « prise en charge – prise en compte »

S’agit-il de soutenir la fonction parentale [faire que les parents se rapprochent des modèles qu’ils sont censés accomplir] ou accompagner les parents [faire quelques pas avec eux]. Réduire la distance entre « parents idéaux – parents en chair et en os » ou bien s’allier à eux afin d’élaborer quelque chose de ce qui leur arrive ?

 « Analyse des pratiques » : démarche indispensable quoique ambiguë

Préalable : ne pas confondre analyse des pratiques et analyse des praticiens. Démarche  indispensable : les familles ne sont pas les seules à être en difficulté, beaucoup de leurs déboires ont à voir avec le fait que l’intervenant n’a pas pris le temps d’analyser les catégories avec lesquelles il les appréhende. Recommandation : se référer à la dimension psychologique sans omettre les registres culturels, politiques, économiques, idéologiques… A Pratiques Sociales nous appelons clinique transdisciplinaire cette mobilisation du nœud idéologie – inconscient.

Cf. Saul Karsz, Pourquoi le travail social ? ch.3 ; Mythe de la parentalité, réalité des familles ch. 4

Jean-Jacques Bonhomme – février 2015

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