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Auteurs à sacraliser ou pensées à réinventer ?

De très nombreuses manifestations ont accompagné le trentième anniversaire de la mort de Lacan, en 2011.  Parmi ces hommages, un ouvrage intitulé « Jacques Lacan, passé, présent » [Seuil, mars 2012], co-rédigé par l’historienne de la psychanalyse Elisabeth Roudinesco et le philosophe Alain Badiou. Dialogue entre  deux auteurs : chacun rend compte de la relation entretenue avec Lacan au cours des années 1960-70, puis revisite, à la lumière de ses réflexions, plusieurs questions problématiques contemporaines. Ils réinterrogent la question – effectivement déterminante – des rapports entre révolution politique et révolution subjective. A. Badiou va jusqu’à établir une homologie entre la cure et l’activisme politique : «… la cure lacanienne, bien qu’elle soit totalement apolitique dans son exercice propre, propose à la pensée une sorte de matrice politique. J’établis une continuité entre la pensée de Lacan et une démarche de type révolutionnaire, qui ré-ouvre une disponibilité collective enfoncée dans la répétition ou barrée par la répression étatique ». E. Roudinesco, beaucoup moins  idéaliste sur cette question, rappelle que pour Lacan « l’esprit révolutionnaire ne représentait pas une volonté de libération généralisée, mais au contraire le désir inconscient, chez les insurgés, de servitudes encore plus féroces ». D’après ces deux auteurs, Lacan a prédit nombre d’avatars de notre époque : communautarisme, comportementalisme, cognitivisme, déclin inexorable du discours universitaire, victimisation, évaluation généralisée, racisme, individualisme forcené, repli identitaire… C’est pourquoi E. Roudinesco écrit : « Le XXIe siècle est d’ores et déjà lacanien, parce que ses dérives sont celles qu’il a prédites et que sa pensée nous permet de combattre » [p. 49]. Assurément, Lacan fut et reste incontournable. Il a forgé des outils et des concepts, des élaborations théoriques et une clinique psychanalytique aujourd’hui indispensables. Mais lui attribuer des vertus prémonitoires et l’ériger en visionnaire du 21e siècle est une autre affaire ! On rappellera avec Louis Althusser, « qu’il n’y a pas de sujet de l’histoire, mais des sujets dans l’histoire » [Cf. L. Althusser, Réponse à John Lewis, Maspéro, 1972]. Sujet dans l’histoire, Lacan était un maître à penser au sens philosophique, mais assurément pas au sens théologique. Seul, Dieu est le sujet de l’histoire. C’est pour cela qu’il n’existe pas, sauf dans l’imaginaire des croyants.

Idem pour Marx. Nombre de commentateurs en font un penseur du 21e siècle, en ces temps de crise du capitalisme et de ravages du néolibéralisme. Mort en 1883, son œuvre constitue encore aujourd’hui une ressource incontournable pour comprendre le présent et tenter de le subvertir. De très nombreux ouvrages lui sont actuellement consacrés [ci-dessous]. Tous invitent à redécouvrir le tranchant de cette pensée. Sans nullement diviniser une doctrine accomplie qu’il suffirait d’appliquer, une perspective commune lie les propos de ces auteurs : à partir de Marx, parfois contre lui, tacher de comprendre les enjeux du présent, afin de penser notre situation socio-historique et d’en concevoir une issue autre que le capitalisme féroce qui nous régente aujourd’hui.

Lacan et Marx penseurs du 21e siècle ! Très bonne nouvelle car ce sont deux pensées de référence, à investir, à actualiser. Soutenir, contre le psychologisme et le sociologisme ambiants, que la question de l’inconscient et celle des classes sociales constituent d’immanquables repères théoriques et pratiques est une piste précieuse.  A condition toutefois de revisiter, sinon de réinventer des concepts majeurs de la psychanalyse lacanienne et du matérialisme historique.  A condition de faire quelque chose avec les points aveugles de ces deux problématiques : quid de l’impact des déterminations psychiques dans les comportements et les affects individuels et collectifs ? Quid des déterminations sociales [économique, politique, idéologique] au sein des configurations psychiques ?  Rares sont les auteurs qui s’emploient à de tels défis aujourd’hui. N’est-ce pas là, cependant, ce qu’il s’agit précisément de penser ?

Quelques ouvrages sur Marx en 2012 : Pierre Dardot et Christian Laval « Marx, prénom : Karl » Ed. Gallimard – Christian Laval « Marx au combat », Ed. Le bord de l’eau – Isabelle Garo  « Marx et l’invention historique » Ed. Syllepse – Réédition de « L’idéologie allemande » Ed. Sociales – Jean Marie Harribey, Mathieu Montalban, « Pouvoir et crise du capital » Ed. Le bord de l’eau – Philippe Corcuff « Marx, 21e siècle » Ed. Textuel – Richard Sobel, « Capitalisme, travail et émancipation chez Marx » Presses Universitaires du Septentrion – « Karl Marx « le Capital » et le Manifeste du parti communiste »collection Soleil Manga.

Jean-Jacques Bonhomme – Mars 2013

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