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Quand les parents (sont) alités... les enfants trinquent ?

 

 

 

Parmi les mots nouveaux apparus dans le discours social et politique ces dernières années, parentalité connaît un grand succès. Dans le Petit Larousse de 1996, le mot.est inconnu ; celui qui s'en approche le plus, c'est « parentalies : fêtes annuelles en l'honneur des morts »... Pour savoir de quoi il retourne on ne peut donc compter que sur un travail de décryptage, en repérant les usages du terme Par exemple, dans les Actualités Sociales Hebdomadaires, une offre d'emploi - émanant d'une ville du Sud où l'on ne fait visiblement pas que du nougat - annonce le recrutement d'un chargé de mission parentalité. Mais curieusement, sa mission n'aura à voir avec l'organisation des festivités du 2 novembre ! Il s'agira, nous informe l'employeur, de « renforcer l'Implication des parents dans la vie scolaire et dans la vie associative des quartiers, de renforcer le lien entre les jeunes rencontrant des difficultés sociales et le Contrat Local de Securité et enfin de favoriser l'émergence de projets citoyens auprès des associations et habitants de la Zone Urbaine Sensible». Voilà donc quelques indices qui vont nous permettre d 'approcher la définition attendue : la parentallté concerne des parents habitant des quartiers. Cela fait du monde me direz-vous ! Oui, mais les quartiers habités doivent pouvoir relever de cette charmante appellation de Zone Urbaine Sensible. Et les parents doivent quant à eux faire la preuve d'une implication insuffisante dans la vie scolaire et dans la vie associative. Insuffisante ou incorrecte, pourrait-on comprendre. En effet, un parent qui vient frapper un enseignant coupable à ses yeux d'avoir maltraité son rejeton est certes impliqué dans la vie scolaire, mais ce n est pas là l'implication requise. D'où probablement la nécessité d'un chargé de mission parentallté...

Mais poursuivons notre tentative : parmi les qualités requises pour occuper le poste,l'offre nous di
t qu'il faut parler la langue arabe. Point n'est besoin de Sherlock Holmes pour en déduire que les parents concernés devront eux aussi parler arabe. Ou au moins le comprendre !

Résumons-nous pour conclure. Pour faire l'objet de l'attention de notre futur chargé de mission, il faut que toutes lesconditionssuivantessoient réunies : être parent d'enfant d'âge scolaire, habiter une Zone Urbaine Sensible (si vous ne savez pas si vous habitez une ZUS, demandez à votre mairie), ne pas être impliqué comme il faut dans la vie scolaire et associative et parler arabe. Ou au moins le comprendre.

J'envoie cette ébauche de définition au Petit Larousse et j'attends la prochaine édition. Pour les convaincre, je peux même leur envoyer une photo. On la trouve dans le dernier numéro du journal du Val de Marne, le mensuel du Conseil général. Le dossier s'intitule « De la maternité aux premiers pas ». Face à l'intertitre « soutenir la parentahté ». la photo met en scène deux femmes en discussion, dans un lieu qui doit être une crèche ou une PMI. L'une des deux femmes est d'origine étrangère, probablement indienne. Parlent-elles en arabe ? On ne saurait l'affirmer d'après la seule photographie. Ce qu'on peut dire en revanche, c'est qu'il est sûrement possible de soutenir également la parentalité.d'une femme indienne. A moins que ce ne soit l'inverse et que cette dernière soit chargée de mission parentalité, en train de soutenir, en indien, la parentalité de celle qui lui fait face. Bref, il y a là matière à enquête approfondie. Rendez-vous en 2002 ; en attendant, toute contribution est la bienvenue.

Philippe Jouary

 

 

 

 

 

 

 

 
     
Le travail d'insertion en mission locale  
Quelques ponctuations sur les missions locales...

Les missions locales sont devenues des structures incontournables dans la mise en œuvre des politiques d'insertion. Par un travail d'écoute, d'information, d'orientation, d'accompagnement et de soutien, les conseillers - personnel des missions' locales - doivent concourir à l'insertion sociale et professionnelle de leur public-cible : les jeunes de 16 à 25 ans sans emploi et/ou qualification. Ce travail au quotidien va si peu de soi que l'on peut légitimement se demander qui des jeunes ou
des conseillers sont le plus en difficulté.

Une première difficulté : insérer des insérés. Les jeunes, loin d'errer dans un no-man's-land a-sodal sans repères et sans limites (version moderne du « sans foi, ni loi »), sont porteurs de normes, de valeurs, de stratégies et d'aspirations spécifiques.

Deuxième difficulté : l'insertion professionnelle légitime et légitimée. Quelle réelle difficulté pour les conseillers de faire admettre aux jeunes que le seul avenir possible est un emploi de manutentionnaire à Leclerc, de plongeur dans la restauration industrielle ou d'équipier à MacDo (où comme chacun le sait, les conditions de travail : « ça se passe comme ça... ou tu es licencié »). Quelle réelle difficulté de faire admettre que cette insertion, indistinctement sociale et professionnelle, vaut mieux que celle valorisée, par exemple, dans l'économie dite parallèle : entre 5000 francs par mois et 5000 francs par jour, entre la cuisson de steaks et passer pour un roi du business dans sa cité, on peut comprendre que le « projet professionnel » soit difficile à élaborer...

Troisième difficulté : une fois les jeunes (plus ou moins) convaincus du bien-fondé d'un « projet professionnel » réaliste, c'est-à-dire légitime et surtout qui ne pro-jette pas trop loin, sa réalisation effective n'est pas du ressort des conseillers : ce sont les entreprises qui embauchent les jeunes et les organismes de formation qui acceptent les jeunes en formation. Il n'est pas du pouvoir des conseillers de résoudre concrètement les « problèmes » de leur public. D'où les difficultés à gérer les multiples échecs des jeunes et leur perte de confiance dans l'efficace du travail de conseiller en mission locale.

Les conseillers ne travaillent pas à l'insertion effective de leur public-cible mais sur le rapport de ce public à l'insertion, sur son rapport à l'existence. La difficulté majeure des conseillers est d'une part, de n'être point ou que partiellement armés pour travailler sur les idéologies dont sont porteurs les jeunes. C'est-à-dire sur la manière dont ils acceptent ou n'acceptent pas, supportent ou ne supportent plus, s'accommodent plus ou moins de leurs différentes difficultés matérielles, de leurs conditions matérielles d'existence et des perspectives de reproduction de ces conditions. La difficulté des conseillers est d'autre part, de méconnaître plus ou moins partiellement la dimension politique et idéologique du travail d'insertion. Méconnaissance qui empêche, entre autres choses, de comprendre qu'un jeune dit en difficulté peut être un jeune qui résiste et s'oppose à un certain ordre des choses, à la valeur et aux modalités contemporaines d'exploitation de sa force de travail. Autrement dit, un jeune qui est porteur de certains repères et de certaines limites qui mettent en difficulté les conseillers.

Xavier Zunigo


 

 
  • Analyse intéressante que celle de Xavier Zunigo : elle met en lumière des dimensions significatives du fonctionnement des Missions locales. Ce faisant, elle mobilise des principes qu'on peut sans doute investir à propos d'autres configurations (école ou la famille par exemple).
  • Le cas des Missions locales paraît exemplaire. D'une part, parce que les démarches d'insertion, cible principale de ces structures, œuvrent dans bien d'autres instances ; d'autre part, parce que ces démarches posent de redoutables problèmes théoriques et pratiques : que veut donc dire insertion ? quels en sont les critères, les repères, les conditions ?
  • Les conseillers en Mission local n'ont guère de prise sur l'amont et l'aval de l'emploi ou du stage des jeunes qu'ils suivent, c'est-à-dire sur les conditions matérielles de vie, ou de survie, de ces jeunes. De là on ne déduira surtout pas qu'ils ne font rien, qu'ils se limitent à tchatcher, qu'ils remuent du vent.
    Bien au contraire, les conseillers interviennent scir les normes, valeurs, dispositions, sur le rapport à l'existence (comme dit joliment Zunigo) des jeunes (en fait, de certains jeunes). C'est là un trait structurel de toute intervention sociale, quelle qu'elle soit : la mise en avant du rôle fort des valeurs, des représentations, bref des idéologies avec lesquelles et sous lesquelles les jeunes vivent, supportent ou ne supportent plus leurs condi tions matérielles de vie, ou de survie.

  • C'est pourquoi je ne dirai nullement que «les conseillers ne travaillent pas à l'insertion effective de leur public-cible» : l'insertion est bien une opération éminemment idéologique, morale, intellectuelle, affective. Son noyau dur ce n'est pas le travail ou le stage (qui dépendent des employeurs et des centres de formation), mais le rapport au travail et au stage. L'insertion opère sur le désir de travail, désir subjectivement porté par des jeunes et objectivement articulé à des idéologies sociales, ceci pouvant impliquer ou pas de trouver un emploi ou un stage sonnants et trébuchants. Les Missions locales s'occupent de l'entretien-reproduction idéologique de leurs publics ; partant, de ceux qui s'en occupant en vivent.
  • Que les conseillers aient des difficultés parce qu'ils sont faiblement armés pour reconnaître la dimension idéologique et politique de l'insertion n'empê che pas que, de fait, tel est leur travail. C'est bien cela qu'ils font. D'où l'intérêt de se réconcilier avec ce terme galvaudé d'idéologie : il s'agit de le positi viser, de ne plus y voir un inconvénient, mais une condition d'exis tence. Car ce sont bien des idéologies qui soutiennent les pratiques sociales, et c'est bien sur des idéologies que ces pratiques sont efficientes.

Saül Karsz


 

 
Lu... et à lire...
   
  Quelques ouvrages sur l'école...              
 
  • MEIRIEU Philippe,
    - L'Ecole mode d'emploi (Paris, E.S.F., 1995).
    - Enseigner, scénario pour un métier nouveau
    (Paris, E.S.F., 1995).
    - Frankenstein pédagogue (Paris, E.S.F.,1996)
    - L'Ecole ou la guerre civile [en collaboration]
    (Paris, Pion, 1997),
    - Lettres à quelques amis politiques sur la République et l'état de son école (Paris, Pion, 1998).
    - L'école et les parents : la grande explication
    (Paris, Pion, 2000).
  • PIERRELÉE Marie-Danielle,
    - Pourquoi vos enfants s'ennuient en classe? [en col. avec A. Baumier] (Paris, Syros, 1999).
    - L'in-surgée (Paris, Seuil, 2000).
  • CORDIÉ Anny,
    - Malaise chez l'enseignant : l'éducation confrontée à la psychanalyse (Paris, Seuil, 1998).
    - Les cancres n'existent pas : psychanalyses d'enfants en échec scolaire (Paris, Seuil, 1996).
  • DEFRANCE Bernard,
    - La violence à l'école (Paris, Syros, 1988-2000).
    - Les Parents, les profs et l'école (Paris, Syros,
    1998).
    - Le plaisir d'enseigner (Paris, Syros, 1997).
    - La planète lycéenne, des lycéens se racontent (Paris, Syros, 1996).
    - «Violence à l'école ou violence de l'école ?» (in École et Violence, collectif, ADAPT éd., SNES-FSU, 1997).
  • LESAIN-DELABARRE Jean-Marc,
    - L'adaptation et l'intégration scolaires : innovations et résistances institutionnelles (Paris, E.S.F., 2000).
    - Guide de l'adaptation et de l'intégration scolaires (Paris, Nathan, 1996);

             
 
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le journal / janvier 2002
   
       

Quand le social part en campagne

 

 

 

Le MEDEF (Mouvement des entreprises de France), plus que jamais soucieux d'être entendu des partis de droite (mais pas seulement), présentait à l'occasion d'un Congrès exceptionnel a Lyon, mardi 15 janvier, quelques propositions pour que s'ébauche un «dialogue social responsable, décentralisé, constructif, innovant» entre les «partenaires sociaux» en vue de construire une «démocratie sociale» (notion inscrite ou 5ème forum le 4 décembre 2001 à Nantes). Ces formules prises au pied de la lettre sont évidemment tautologiques : comment imaginer une seconde qu'un dialogue avec des partenaires et notamment dans une démocratie puisse ne pas être social ? En fait. ces formules ne peuvent atteindre leur objectif, c'est-à-dire fonctionner en tant que slogans politiques qu'à une seule condition : ne surtout pas entendre social au sens le plus immédiat du terme (relatif à la société), mais dans une acception bien particulière (relatif à une certaine représentation de la société).

Ce qu'il s'agit de faire partager, c'est la vision d'un social comme espace de dialogue entre des partenaires, dans le respect des règles dites démocratiques, notamment celles qui, avec la bénédiction des «sages» du Conseil constitutionnel, institution démocratique s'il en est, garantissent aux entrepreneurs la liberté d'entreprendre ; un espace du consensus, non conflictuel, définitivement pacifié ; un espace, donc, où la question des classes sociales ne se pose plus.


Un espace social sans classes sociales, autrement dit un espace sans lutte, sans rapport de domination ni de résistance, sans exploitation ni révolte, bref sans histoire. Un espace rêvé en quelque sorte, c'est-à-dire à la fois imaginaire et terriblement désiré... Qui a dit que notre époque était désenchantée ? Comme si l'enchantement était l'affaire exclusive des staliniens d'antan...


Les débats politiques annonçant les prochaines élections vont placer ce social-là au cœur de la mêlée. Toute l'astuce consiste à le faire apparaître précisément au-dessus de la mêlée, à l'exploiter comme si la mêlée était ailleurs. Depuis la fameuse «crise du marxisme», si longuement commentée, si peu analysée, le terme social semble curieusement jouir des fabuleuses propriétés de l'immaculée conception : blanc comme neige, tombé du ciel, d'une désarmante neutralité.
Le repérer, le démasquer dans ses emplois les plus divers est nécessaire pour qui
souhaite lui rendre toute la saveur idéologique qu'il est censé avoir perdu. C'est
aussi et surtout un bon moyen d'identifier la société réelle dont il permet
justement de ne pas parler.

Patrick Chaudon

 

 

 

 

 

 

 

 

 


"Je ne crois plus en la justice" : le juge Halphen dans le journal Le Parisien, à l'appui de sa démission de son poste de magistrat. Qu'en pensez-vous ?


 
     
Pierre Bourdieu, intellectuel et militant  

 

 

 

 

 

 

 

       


Intellectuel, parce que mettant systématiquement en doute le vécu, le ça va de soi, la normalité ; parce qu'entêté à identifier des logiques et à repérer des ouvertures...

•Sociologue, donc investigateur du réel, d'un certain réel. Mais sociologue n ayant
pas renié la pLilosopnie, c'est-à-dire la question du pourquoi, qu il s agisse des gens
ou des structures.

•Militant, parce que se refusant à ce que le savoir serve à agrémenter des causeries au coin du feu, fusent-elles télévisuelles, ou à fournir des sauf-conduits à des singes
diplômés. Militant, parce que faisant de la connaissance de la domination une
ressource contre la domination.

•Louis Altbusser (dont Bourdieu suivit des cours à l'Ecole normale supérieure) imagine la philosopkie comme arme de la révolution, Pierre Bourdieu fait de la sociologie, de sa sociologie, un sport de combat.

•II a construit une oeuvre discutable, très discutable.
C'est là, finalement, un privilège exceptionnel : rares sont les auteurs qu'il vaut la peine de discuter.

Saül Karsz


 

         
 
activités en cours
             
 

* Séminaire Déconstruire le social [en 2002 : la parentalité en question(s)].
* Rencontre annuelle - stage résidentiel interactif à Marly le Roi - 14-15-16 octobre 2002 «La violence, faux problème, vrai symptôme».
* Séminaire interne : un samedi après-midi par trimestre ; ouvert à qui veut présenter une question - individuelle ou collective - qui lui importe personnellement (mémoire, exposé, analyse de situations professionnelles, etc.).
* Les Soirées d'Arcueil : un mercredi soir mensuel ; cinéma-débat ; un thème traité sur trois mois : mois 1, film et échanges ; mois 2 : film et échanges ; mois 3 : forum-table ronde (psychanalyste, philosophe, sociologue...). Chaque séance est précédée d'un apéritif-dînatoire.

   

sur demande

 

interventions ponctuelles ou sous forme de cycle

 

travail social, pratiques juridiques, disciplines de la santé, communication, stratégies d'intervention...

colloques, formations, ateliers d'analyse de pratiques professionnelles, audits...

 
groupes de travail
   
  Groupe de travail Marx : travaille - à raison d'une réunion mensuelle, en soirée - sur des textes de Marx, Althusser, Karsz. Contact Patrick Chaudon tél. 01 43 41 68 64 ou
Secrétariat PRATIQUES SOCIALES.

Groupe de travail Freud : travaille - à raison d'une réunion mensuelle, en soirée - sur des textes de Freud et Lacan. Contact : Marga Mendelenko-Karsz tél. 01 49 85 08 08
ou Secrétariat PRATIQUES SOCIALES.

       
 
  Le Séminaire Déconstruire Le Social / Lundi 14 janvier 2002    
   
 
   
       
 
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le journal / février 2002
   
       
       

Justice ?

 

 

 
Le juge Eric Alphen quitte la Magistrature car, déçu, il ne croit plus à la Justice de son pays..., et je comprends contre quoi il s'insurge.

En effet, les dispositifs judiciaires (justice en temps réel, délégués du Procureur qui rappellent la loi... ) ou para-judiciaires (médiations, compositions pénales...) mis en place ces dernières années, concernant le serrage de plus en plus précis d'une catégorie sociale défavorisée, pénalisent surtout ces nouveaux «misérables» du XXIème siècle, au bénéfice d'une délinquance en col blanc souvent dénoncée mais trop souvent impunie.

Ces procédures sont choquantes en ce qu'elles laissent subsister encore un traitement inégal des classes sociales, sous couvert d'une société de plus en plus sécuritaire.

Pourtant, on le voit bien ici et là, des financiers, des hommes politiques de droite comme de gauche sont inquiétés par la justice et sont même parfois embastillés (Schuller vient d'en faire la démonstration récente) et ce mouvement qui s'est dessiné depuis près de vingt ans et qui s'est accusé au cours de ces dix dernières années constitue, il faut le reconnaître, un réel progrès pour qui milite, par son exercice professionnel, pour une justice démocratique.

Mais voila, pour cela, il faut persister, car nous sommes condamnés à juger, bien, autant que faire se peut. C'est le choix du juge, choix éthique s'entend.

Dans ce choix, il doit y avoir pour un magistrat «croyant» la capacité de faire le deuil subtil de l'angétisme démocratique. Là est l'idéal à lâcher sans lâcher prise pour rendre une justice acceptable donc pacifiante, dans une position qui favorise la mise en scène d'un tumulte, celui de l'affrontement entre procureur et criminels, soumis à l'arbitrage d'un autre, un juge, qui soutient son désir, sous le regard de tous, ceux qui aujourd'hui regardent de plus près qu'hier la Justice de leur pays.

Anita Benedicto, magistrat

 

 

 

 


"Je veux être le candidat non pas d'une idéologie, non pas d'un parti, je veux être le candidat de la passion". Jacques Chirac à P. Poivre d'Arvor pendant le "20 heures de TF1 le 11 février 2002. Qu'en pensez-vous ?


 
     
Le nouvel esprit du capitalisme  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

       

«Notre ambition a été de renforcer la résistance au fatalisme (...) et de susciter chez le lecteur un changement de disposition (...) en l'aidant à considérer autrement les problèmes du temps, sous un autre cadrage, c'est-à-dire comme autant de processus sur lesquels il est possible d'avoir prise (...). C'est en effet parce qu'elle constitue (...) l'outil par excellence dela dé-naturalisatation du social que l'histoire à partie liée avec la critique.»(1)

Ces quelques lignes du prologue de l'ouvrage de Luc Boltanski et Eve Chiapello résument le parti pris de leur travail sociologique : la lutte contre les fatalismes. Il s'agit d'abord d'une enquête historique consacrée à l'analyse des changements idéologiques ayant accompagné les transformations récentes du capitalisme. Les deux sociologues nous invitent à déconstruire l'ensemble des croyances associées à l'ordre capitaliste qui contribuent à le
justifier, ce qu'ils appellent précisément l'esprit du capitalisme : «Si le capitalisme non seulement a survécu (...) mais n'a cessé d'étendre son empire, c'est bien aussi qu'il a pu prendre appui sur un certain nombre de représentations (...) et de justifications partagées, qui le donnent pour un ordre acceptable et même souhaitable, le seul possible, ou le meilleur des ordres possibles» (p.45).


Malgré de longs passages d'accès difficile, notamment pour les lecteurs peu familiarisés avec les concepts de la sociologie conventionnaliste(2), cette étude remarquable et cependant trop souvent absconse montre «comment les contestations auxquelles le capitalisme a dû faire face à la fin des années 60 et au début des années 70 ont entraîné une transformation de son fonctionnement et de ces dispositifs» qui aboutit au désarmement de la critique et à la remise sous contrôle de la force de travail, laquelle est attestée par une baisse très importante des conflits et des grèves. Pour les sociologues, «la véritable crise n'est pas celle du capitalisme mais celle de la critique du capitalisme». A titre d'exemple, ils analysent le modèle des classes sociales qui «s'effacèrent progressivement du champ de la représentation» et dévoilent le processus par lequel la catégorie d'exclusion
se substitue à celle d'exploitation dans la «prise en charge de la négativité sociale» au cours des années 80. Cette transformation du débat social, ce changement de paradigme aura permis d'invalider le discours de la critique sociale traditionnelle, structuré autour du concept de lutte des classes. Par ailleurs, ils démontrent l'échec d'une autre forme de critique, la «critique artiste», dont certaines aspirations libertaires exprimées en mai 68 («libération du désir», «authenticité», «autonomie», etc.) furent satisfaites par le système capitaliste et même intégrées dans l'idéologie.libérale.

La lecture de ce livre, qu'on aurait préféré toutefois moins hermétique, est recommandée à toutes celles et ceux qui refusent la résignation et souhaitent redonner vigueur et rigueur à la critique du monde actuel.

(1) L. Boltanski, E. Chiapello, Le nouvel esprit du capitalisme (Paris, Gallimard, 1999, 845 p.,29,73 €).
(2)L. Boltanski et L. Thévenot, Les économies de ia grandeur (1987) ; De la justification (1991).

Patrick Chaudon


 

         
  Le Séminaire Déconstruire Le Social / Lundi 4février 2002    
 
 
 
   
 
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le journal / mars 2002
       
     

Simplifier ou tenter de réfléchir...

 

 

 

Méfions-nous des simplifications, renonçons à fabuler que les bons logeraient tous d'un coté et les méchants tous en face.

La tragédie du Proche-Orient est une guerre sans bornes : au travers des forces militaires et des cibles guerrières, sont surtout fauchés des enfants, des femmes, des hommes lambda, c'est-à-dire nous-mêmes. Destruction d'installations civiles, de biens culturels, la vie quotidienne devenant de plus en plus improbable, les territoires occupés se transforment en territoires dévastés, pour les populations contraintes d'y vivre, d'y survivre, et finalement aussi pour les occupants. (Guerre des uns contre les autres, autant que guerre de chacun contre son camp, sinon contre soi-même.

Simplifier, ce serait imaginer que chaque camp est d'un seul tenant : les Palestiniens et les Israéliens. Malgré les apparences, ceci est faux. Chaque camp connaît en son sein des positions diversifiées, des points de vue opposés, chacun est traversé par des tendances contradictoires. C'est sur ce terreau qu'une union nationale prend racine, que les solidarités d'ensemble se développent, toujours nouées autour d'un axe, c'est-à-dire d'un courant dominant : traiter chaque camp comme un bloc contribue à le radicaliser sous l'emprise de ses courants extrêmes, le plus souvent de son communau+arisme religieux. Tache de prédilection des ultras des deux côtés, là-bas et partout dans le monde.

Simplifier, ce serait imaginer que le regain d'antisémitisme, en Europe, en France, est sans rapport avec la politique réac+ionnelle et réactionnaire actuellement au pouvoir en Israël. Ou que la persistance des préjugés et des discriminations anti-arabes découle d'une invérifiable «conspiration juive».

Simplifier, ce serait imaginer que les uns et les autres sont définis par leurs croyances : tous les palestiniens seraient musulmans, de préférence intégristes plus ou moins kamikazes, tandis que tous les israéliens se reconnaîtraient dans une identité juive, voire dans ses versions ultra-orthodoxes (au ciel) et annexionnistes (sur terre). Mythe, là encore, que les faucons des deux camps cultivent, pour cause de déficit démocratique de part et d'autre et d'étonnants camouflages des enjeux économiques régionaux et internationaux. Or, mille exemples soulignent que dans leur grande majorité israéliens et palestiniens tiennent a la paix, veulent la paix. Ils en ont besoin, ils y sont condamnés. Mais cela suppose des négociations suivies d'effets, la reconnaissance réciproque - douloureuse mais incontournable - des torts et des malheurs infligés à autrui, la matérialisation du droit à l'existence des deux entités nationales autonomes qui, en plus, devront coopérer, et non seulement sur un plan policier. A défaut, tout le monde continuera de perdre : sa dignité, ses idéaux, ses projets, sa vie, celle des autres. Avec, à l'horizon, une seule gagnante : la Mort, physique, politique, symbolique.

Ne pas simplifier, c'est contribuer à l'invention de la paix. Là-bas et ici.

article tiré d'Arcueil Notre Cité, bulletin municipal de la ville d'Arcueit (mars 2002)

Saül Karsz

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
     

"J'ai péché un peu par naïveté. Je me suis dit peut-être pendant un certain temps : si on fait reculer le chômage, on va faire reculer l'insécurité" Lionel Jospin, dimanche 3 mars sur TF1. Qu'en pensez-vous ?

 

Note de lecture

sur l'article de Pierre Bourdieu : Pour un savoir engagé
(Le Monde Diplomatique, février 2002)

 

«Il faut pour être un vrai savant engagé, légitimement engagé, engager un savoir. Et ce savoir ne s'acquiert que dans le travail savant, soumis aux règles de la communauté savante... il me semble que le chercheur n'a pas le choix, s'il a la conviction qu'il y a une corrélation entre les politiques néolibérales et les taux de délin- quance, une corrélation entre les politiques néolibérales et les taux de criminologie, une corrélation entre les politiques néolibérales et tous les signes de ce que Durkeim aurait appelé l'anomie, comment pourrait-il ne pas le dire ?».

«Désireux de penser la politique sans penser politiquement», Pierre Bourdieu conteste l'opposition entre chercheurs qui se pensent exclusivement scientifiques et chercheurs qui s'affir- ment volontairement militants. Il dément l'a-politisme des positionnements théoriques : le travail scientifique n'est pas en état de lévitation idéologique et politique. Cet article est donc une prise de parti, - pour le savoir, pour un certain savoir.

[Le chercheur] «doit écouter, chercher et inventer, essayer d'aider les organismes qui se donnent pour mission de résister à la politique néolibérale ; en leur fournissant des instruments, en particulier des instruments contre l'effet symbolique qu'exercent les «experts» engagés auprès des grandes entreprises multinationales et les juristes, sociologues, économistes qui par leurs contributions savantes légitiment ces politiques néolibérales».

Pour un ça-voir engagé pourrait-on écrire aussi, car Pierre Bourdieu nous rappelle que ce n'est pas la science qui parle, mais le scientifique, soit un sujet toujours engagé, y compris à son insu. Cette démarche invite à un travail de réflexivité sur la connaissance objective que produisent les scientifiques et sur les conditions sociales de la production de cette connaissance.

«Les chercheurs peuvent faire une chose plus nouvelle, plus difficile : favoriser l'apparition des conditions organisationnelles de la production collective de l'intention d'inventer un projet politique et deuxièmement, les conditions organisationnelles de la réussite de l'invention d'un tel projet politique, qui sera évidemment un projet politique».

Pour un (s) 'avoir engagé pourrait-on écrire encore, car Pierre Bourdieu fait de sa recherche une œuvre stratégique : par les concepts qu'il élabore et aussi par le procès qu'il conduit, soit l'articulation entre sociologie, philosophie, politique et mouvements sociaux. C'est pourquoi ses orientations mobilisent des
alliances avec ceux qui résistent au culte du réalisme et de la mondialisation libérale et des refus de la part de ceux qui préfèrent la rumination sociologique, la production d'un savoir ignorant ses indépassables attaches avec le monde réel. Ce n'est pas la sociologie que Pierre Bourdieu défend, mais une certaine
sociologique, un certain savoir, un certain rapport au savoir. Des orientations idéologiques et politiques sont explicitement étayées, revendiquées, tandis que d'autres sont contrées, combattues. Comme tout un chacun, Bourdieu n'est pas neutre. Comme certains seulement, il ose le dire et le mener à bien. Il nous aide à prendre conscience que la position théorique est un parti-pris politique, et que l'engagement politique est une prise de parti dans la théorie. S'en rendre compte contribue à nous rendre plus lucides, individuellement et collectivement.

Jean-Jacques Bonhomme


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"LES TROIS PASSIONS DE L'ÊTRE : L'AMOUR, LA HAINE, L'IGNORANCE"

selon Jacques Lacan

mercredi 10 avril : Hiroshima mon amour, film de Jean Resnais, scénario de Marguerite Duras
film + échanges ;

mercredi 15 mai : La controverse de Valladolid, film de Jean-Claude Carrière,
film + échanges ;

mercredi 19 juin : forum-débat,
psychanalyse + philosophie + sociologie.

une initiative Pratiques Sociales, avec l'Espace Jean Vilar 1, rue Paul Signac 94110 Arcueil
tél. 01 49 69 94 06 R.E.R. "B" station Arcueil-Cachan / parking aisé.

 

 

  Lundi 22 avril à Lyon : “Le rapport à la loi”
 

Journée proposée par Pratiques Sociales et l'Anef du Rhône, avec le soutien du Conseil Général et de la PJJ du Rhône

 

Initialement prévue en mars, cette journée aura lieu lundi 22 avril de 9h15 à 17h au Palais de Justice de Lyon.

• Trois intervenants :
Mme Béatrice Pouillot, directrice du service de l'enfance, Conseil Général du Rhône ;
M. Eric Nojac, directeur départemental de la P.J.J.du Rhône ;
M. Saül Karsz, philosophe, sociologue (Université Paris V / Association Pratiques Sociales).

Deux discutants :
Mme Marie-Hélène Issartel, médecin psychiatre, psychanalyste ;
M. Peneau, magistrat ;
Le programme détaillé sera publié avant la fin mars.

 

 
  Le Séminaire Déconstruire Le Social / Lundi 4mars 2002
   
 
 
le journal / avril 2002
   
 

Élections, piège à... réflexions

 

Qui est responsable ? s'interroge-t-on, encore saisis d'effroi devant le terrible score du candidat Le Pen au 1er tour des présidentielles. Sont alors désignés: les candidats dits protestataires " (extrême gauche, verts), dont la stratégie électorale qualifiée d'irresponsable aurait affaibli le «favori du second tour» ; le favori " lui-même, dont le programme plus «moderne» que «socialiste», ne lui aurait pas permis de rallier les voix de son propre camp ; enfin, Jacques Chirac, dont la campagne centrée sur l'insécurité, aurait profité surtout au candidat frontiste.

Il est certain qu'il faut tenir compte de ces paramètres. Mais commenter n'est pas analyser. Les enjeux politiques ne sont pas réductibles au jeu électoral. Ce dernier perçu comme une somme de stratégies d'acteurs, révèle des interactions aussi ponctuelles que superficielles, très insuffisantes pour penser l'état actuel du champ politique en France. Car la victoire de Le Pen sur Jospin, n'est pas seulement un échec (stratégique, donc) de la gauche. On oublierait ainsi que cette victoire est davantage l'effet d'un taux d'abstention record (27,86%) autant que d'une mobilisation vers les bureaux de vote de plus de 4,7 millions de sujets venus déposer dans les urnes le bulletin d'un candidat de la droite ultra-réactionnaire, nationaliste, populiste et xénophobe.

S'efforcer de comprendre dans sa complexité cet événement qualifié par certains de «séisme» politique impose de ne surtout pas demander qui mais bien plutôt qu'est-ce qui est responsable. Qu'est-ce qui, dans les attentes insatisfaites des uns et des autres, dans les ressentiments, frustrations, déceptions de chacun concernant la politique, a permis cet inattendu ? En tirer la leçon exige de considérer ce que la politique veut dire, surtout ce qu'elle est supposée vouloir dire pour nous, pour eux.

Espérons que beaucoup, qui déploraient hier les impuissances de la politique, sauront prendre acte que, sons être toute-puissante (vœu pieux de tant d'abstentionnistes), la politique demeure finalement ce qu'elle n'a jamais cessé d'être ; un champ de lutte, nécessairement clivé, où s'affrontent, dans des rapports de force,
de compromis et d'alliance, diverses orientations portées par des sujets déterminés (les fameux hommes politiques, mais aussi les militants, les sympathisants, les simples électeurs...) et destinées à servir des intérêts divergents, parfois, souvent antagonistes.

Patrick Chaudon

 
 
 

Ehoud Barak, ancien premier ministre d'Israël, au micro de Radio France International :
Les Israéliens ont perdu leur suprématie morale sur les palestiniens !”
Au moins, lui, on ne le taxera pas d'antisémite !

Qu'en pensez-vous ?


 

ponctuations, repères, pensées...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     
• «Séisme» : ensemble des déformations brusques de l'écorce terrestre qui constituent un tremblement de terre.
L 'épicentre du séisme n 'étant pas sa surface, le plus grave n 'est pas le plus immédiatement visible.
• Ce n 'est pas le résultat du premier tour qui est le plus inquiétant, mais la radiographie du pays réel ainsi mise au clair.
• Ce n 'est pas Jean-Marie Le Pen qui a connu un triomphe, ni Lionel Jospin une déroute, ni Jacques Chirac qui sera probablement élu le 5 mai. Si les personnes représentent des partis, des groupes, surtout elles personnifient des projets de société, des modalités du vivre-ensemble, des convictions, des intérêts.
• Ni Le Pen ni Chirac ne semblaient avoir eu besoin de trop détailler leurs programmes, leurs projets, la société qu'ils proposent : d'une certaine manière cela allait de soi, car il s'agit d'idées largement hégémoniques, dominantes, répandues un peu partout. Et non seulement chez leurs partisans et sympathisants. Ce qu'ils ne disaient pas, chacun pouvait le compléter à son compte.

La gauche n 'est pas confrontée aux mêmes défis, aux mêmes attentes. Il ne suffit pas de mettre en place des mesures et des dispositifs, souvent défendables ; encore faut-il être au clair quant au sens que ça comporte, quant aux idéaux et aux projets que ça véhicule. Ceci n 'est pas évident. Il faut prendre le temps de la réflexion et de l'analyse théorique (et non seulement stratégique), le temps de l'écoute des gens, au delà des experts ès communication.
Est en revanche évident que, pour gouverner à droite, il est difficile de faire mieux que la droite. C'est en partie pour cela aussi que la gauche n'est pas constamment à gauche.
L'extrême-droite étant un des extrêmes de la droite, elle ne se trouve pas toujours et partout aux antipodes de la droite. Et vice-versa... Est-ce donc à la seule extrême-droite qu 'il faut faire barrage ?
Les personnages politiques nous représentent : positivement, si nous avons voté pour eux ; négativement, si nous avons peu contribué à les contrer. Comme ailleurs, en France aussi on a les dirigeants, c'est-à-dire les régimes qu 'on contribue à édifier.
On votera donc au deuxième tour, on votera surtout aux législatives. Voter est un acte, la politique est un processus. On vote à une date et dans un lieu : on balise un chemin, sans nécessairement le parcourir, moins encore l'habiter. Dans aucun cas la démocratie ne se confond pas avec le suffrage universel, une de ses composantes majeures.
Autre chose est enjeu, à l'épicentre du séisme : l'engagement de tout un chacun, sa participation défait, quotidienne, dans les partis et-ou en dehors, soit au maintien de l'ordre des choses, soit à sa transformation. Sursaut ou servitude, y compris à notre insu. C'est là un enjeu majeur.
Beaucoup l'ont compris, à droite et à gauche, dès avant dimanche dernier.

Saül Karsz

Palestine - Israël


«Sale guerre» : expression d'un responsable israélien, la même qu'employaient les militaires argentins de 1976 à 1983, et bien d'autres, avant et après. Est-ce qu'Israël mène une guerre juste ? Est-ce la mauvaise conscience des occidentaux suite à la Shoa qui empêcherait la condamnation sans réserves d'Israël ? Est-ce qu 'il est toujours urgent d'attendre ? N'y a-t-il pas de mesures immédiates à prendre d'ordre économique au moins ? Il est vrai qu'il y a des non-extrémistes dans les deux camps. Mais pour le moment ils sont minoritaires.

D'autre part, palestiniens et israéliens ne sont pas symétriques en ce qui concerne cette guerre. Que Sharon affirme mener une guerre contre le terrorisme c'est encore une façon de mettre ses pas dans les pas de Bush, ça ne le grandit pas, loin de là ! Ici il faudrait s'arrêter un peu sur le terrorisme, qui pour les pauvres est parfois la seule façon de mener une guerre. Il y en a qui disent que rien ne justifie le terrorisme, même pas la pauvreté. Ce sont les mêmes qui justifient que le Tsahal devienne le bras armé du terrorisme d'Etat.

Les descendants des victimes de la Shoa d'hier sont aujourd'hui transformées en bourreaux. Comme autrefois, la communauté internationale, incapable de prendre des mesures efficaces pour empêcher le massacre, avance des protestations tièdes. Victoire posthume d'Hitler sur chacun d'entre nous, confrontés à notre impuissance à infléchir la situation et à notre désillusion : on s'attendait à ce que l'antisémitisme nazi ait réveillé dans ceux qui en avaient été les victimes, l'horreur de rejouer la pièce dans le rôle des méchants. Il n'en est rien : l'actuel gouvernement israélien n 'a pas su sortir de la relation duelle, n 'a pas su inventer autre chose...

Impossibilité - ici, en France - d'esquisser une critique sous péril d'être catalogué d'antisémite. Car, victoire posthume d'Hitler encore, le souvenir de la Shoa reste une blessure non cicatrisée et tellement douloureuse qu 'elle empêche d'envisager le futur et même, de voir le présent.

Dhelia Esquebenin


  Le Séminaire Déconstruire Le Social / Lundi 8 avril 2002
 
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